Municipales : Le tabou du risque industriel

La brutalité de la Covid-19 a effacé de nos mémoires tout ce qui ne lui est pas directement relié, les politiques nationaux et strasbourgeois l’ont bien compris et en jouent. Pourtant il n’y a pas si longtemps a eu lieu un accident industriel dramatique, celui de Lubrizol à Rouen, accident pour lequel les enquêtes parlementaire et sénatoriale ont révélé de criants manquements dans la surveillance des installations classées.

Ces installations industrielles à haut risque dont certaines sont classées Seveso du nom de la catastrophe italienne survenue en 1976, sont nombreuses à Strasbourg par exemple au port du Rhin ou au port au pétrole de la Robertsau.

Les strasbourgeois adorent fouler les herbes de la forêt de la Robertsau, et tous, lorsque nous nous y promenons, nous choisissons de ne plus regarder les signalisations à l’entrée de ces forêts, qui nous rappellent que si la sirène retentit il faut fuir loin et de toute urgence. Avec 8 sites Seveso dont 7 à seuils hauts (c’est à dire à haut risque), Strasbourg est cerné par ces usines qui, en plus du risque d’accident, contribuent à polluer l’air et les nappes phréatiques, comme en témoignent les nombreuses fuites d’hydrocarbures régulièrement dénoncées par les habitants de la Robertsau pour ne citer qu’eux.

Ces dernières années et derniers mois plusieurs incendies heureusement rapidement maîtrisés ont eu lieu dans des installations classées du port du Rhin et nous ne sommes pas passés loin d’un Lubrizol strasbourgeois.

Des contrôles de plus en plus rares

Grand absent des débats sur les municipales, le risque industriel à Strasbourg devrait pourtant être au premier plan tant les alertes à Strasbourg ou ailleurs en France se sont multipliées et que parallèlement les contrôles se font de plus en plus rares. En effet, outre le risque d’accident, ces installations classées bénéficient de nombreuses dérogations tels que le régime de l’autosurveillance, régime qui autorise les gros pollueurs à déclarer eux-mêmes leurs émissions… Et si les contrôles préfectoraux ont le mérite d’exister, ils se font rares, au mieux une fois tous les 5 ans et ils ont baissé de 36% en 10 ans.

En tant qu’experts, notre collectif Air-Santé-Climat (dont Strasbourg Respire fait partie) avait alerté dans une tribune au Monde – ainsi que lors de notre audition par l’enquête parlementaire – sur les dangereuses dérives des installations classées.

Le chantage à l’emploi

Ce laxisme des autorités de surveillance risque de s’accentuer après la période de l’après Covid comme c’est déjà le cas en Suisse où sous prétexte de relancer l’économie les entreprises polluantes ont déjà obtenu des dérogations et le droit à polluer plus.

Récemment, le rapport sénatorial sur l’accident de Lubrizol parle même « d’indulgence des pouvoirs publics vis-à-vis des industries et de manque cruel de culture du risque industriel en France. »

Ne rêvons pas, à Strasbourg, le risque d’un tel accident existe et il est loin d’être négligeable.

Strasbourg ne sera une capitale européenne du XXIe siècle que lorsqu’elle ne sera plus une ville à haut risque industriel, il y a donc urgence à planifier une stratégie de sortie pour ces industries à risques. La plupart des candidats aux municipales maintiendront Strasbourg dans l’ère industrielle en agitant le chantage à l’emploi, mais posons-nous cette question : qu’est-ce qui fait l’attractivité d’une ville ? Qui parmi nous irait demain habiter à Rouen ?

Dr Thomas Bourdrel
au nom du Collectif Strasbourg Respire et Air-Santé-Climat


Paru dans Rue89strasbourg le 23 juin 2020

Mise au point sur la relation virus & particules

A partir du moment où l’on considère:

Nous maintenons qu’il est donc probable qu’une pollution aux particules fines – quelle que soit son origine (combustion, épandages etc..) – peut jouer un rôle sur la propagation virale.

Gabriel Synnaeve : https://www.flickr.com/photos/34097434@N04

Reste l’interrogation de la viabilité du virus à l’air libre et de la quantité de virus (charge virale) nécessaire pour être infecté, néanmoins compte tenu également du fait que la pollution aux particules fines majore le risque d’infections en rendant notre organisme davantage vulnérable à celles-ci, nous en appelons une nouvelle fois au principe de précaution et demandons que toute forme de pollution soit limitée, et, conformément aux recommandations de l’académie de médecine et aux dernières études parues dans Nature (3), nous insistons sur l’importance du port du masque pour tous.

  1. https://www.mdpi.com/1660-4601/16/6/941/htm
  2. sciencemag.org/news/2020/04/you-may-be-able-spread-coronavirus-just-breathing-new-report-finds
  3. nature.com/articles/d41586-020-00502-w

Épandage agricoles et propagation des virus

La pollution de l’air, en plus de fragiliser notre système immunitaire et de nous rendre plus sensibles aux infections notamment virale, permet également une meilleure diffusion et donc une meilleure transmission des agents pathogènes tels que le coronavirus. Cela est connu depuis longtemps pour le SARS(1) et les virus de la bronchiolite mais a également été récemment démontré pour le coronavirus en Italie avec davantage de transmission et de propagation du virus en fonction des taux de particules fines.
 
Les particules fines servent donc de vecteurs, de transporteurs au virus qui se déplace d’autant plus facilement lorsque l’air est chargé de particules fines. Fort heureusement les mesures de confinement font coup double à la fois en limitant le risque de transmission entre les individus mais également en diminuant la pollution notamment aux particules fines du trafic routier et les effets sanitaires associés. Néanmoins, comme on le voit actuellement à Paris, le printemps est la période  d’épandage agricole, grand pourvoyeur de particules fines. En effet, lors des épandages, le gaz ammoniac (NH3) va, en passant dans l’atmosphère, réagir avec les oxyde d’azote (NOx) pour former des particules de nitrate d’ammonium et de sulfate d’ammonium.
 
Tous les ans, à la même période, les épandages agricoles sont responsables de pics de pollution printaniers durant les mois de mars à mai. Ces particules printanières sont, de par leur composition, moins toxiques que des particules de combustion issues par exemple du trafic routier néanmoins elles vont également servir de vecteur de transmission au virus.
 
Ces particules peuvent voyager sur plusieurs kilomètres et donc transporter également le virus sur de longues distances!
 
Nous appelons donc les préfets à prendre des mesures urgentes visant à limiter drastiquement – les émissions liées aux épandages agricoles (restriction, technique d’enfouissement de l’engrais) afin de tout mettre en œuvre pour limiter la propagation du virus.
 

 
Professeur Isabella Annesi-Maesano, Directrice de recherche INSERM  / Directrice d’équipe labellisée INSERM et Sorbonne Université EPAR ; 
Docteur Mallory Guyon, Collectif Environnement Santé 74 ;
Docteur Thomas Bourdrel, Collectif Strasbourg Respire ; 
Docteur Gilles Dixsaut, Fondation du souffle contre les maladies respiratoires ; 
Docteur Pierre Souvet, Association Santé Environnement France (ASEF) ;
Docteur Jean-Baptiste Renard, Directeur de recherche LPC2E-CNRS ; 
Guillaume Muller, association Val-de-Marne en Transition
 

Pollution de l’hiver

Ce qu’il y a de plus dangereux pour la santé dans la pollution de l’air, ce sont les particules fines », assure le radiologue strasbourgeois Thomas Bourdrel, fondateur du collectif Strasbourg Respire il y a six ans. Celles qu’on appelle les PM pour particulate matter tuent 48 000 personnes par an en France, devant le dioxyde d’azote et l’ozone.


En plus d’avoir des conséquences sur le système respiratoire, les particules provoquent des cancers, des infarctus, des AVC, perturbent la grossesse. « On a vu des associations avec les troubles autistiques, les maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson ou la sclérose en plaques. »

« On nous dit que la pollution recule, mais on n’a pas le bon thermomètre, dénonce le médecin. Parce que c’est uniquement sur la base des PM10 qu’on déclenche des pics de pollution. » Ces particules fines (moins de 10 μm de diamètre, six fois plus petites qu’un cheveu) restent dans les voies aériennes supérieures. Mais les PM2,5, plus petites et plus dangereuses, atteignent les alvéoles pulmonaires.

Quant aux PM1 et PM0,1, les ultrafines ou nanoparticules, ce sont les pires puisqu’elles migrent vers le sang, les organes et le cerveau. Et elles ne sont pas dosées officiellement. «Actuellement, il est très probable que [celles-ci] aient fortement augmenté, notamment avec l’utilisation des filtres à particules sur les moteurs. On a créé un nouveau type de pollution qu’on ne suit pas ! » La nocivité des PM dépend non seulement de leur taille mais aussi de leur composition.

« L’hiver, 80 % sont issues de la combustion : ce sont les plus toxiques. Elles sortent d’un moteur, d’un chauffage au bois ou d’un incinérateur.» Dans leur noyau, on trouve du carbone pur — c’est ce noir sur la neige ou sur les façades. Il a un impact sur le réchauffement climatique, mais pas sur la santé. En revanche, ces particules portent sur leur surface des métaux lourds et des HAP, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, cancérogènes. C’est ce qui les rend beaucoup plus délétères que d’autres familles de particules, comme le sable du Sahara, les embruns marins ou les pollens.


Paru dans les DNA du 21 janvier 2020

Voir aussi le quizz des DNA sur la pollution de l’air

Oui, la pollution de l’air et le diesel sont cancérigènes !

TRIBUNE. Le collectif Air-Santé-Climat dénonce les contre-vérités publiées à propos de la pollution de l’air et du diesel, dangereux pour la santé.

(Article également publié dans LePoint du 02 décembre 2019)

Dans une chronique publiée par Le Point du 12 novembre intitulée « Contre le diesel, un acharnement infondé », Jean de Kervasdoué affirme que la pollution de l’air et le diesel ne sont cancérigènes qu’à forte dose et que chez les fumeurs. Michel Aubier déclarait déjà cela dans l’émission Allô docteurs en mars 2016. Or c’est faux et c’est même l’inverse : un fumeur a déjà un risque de cancer du poumon tellement augmenté par la cigarette que la pollution de l’air – notamment diesel – ne modifie pas significativement ce risque. À l’inverse, chez les non-fumeurs, l’exposition à la pollution de l’air, notamment au diesel, majore fortement le risque de cancer du poumon.

Lire aussi Jean de Kervasdoué – Contre le diesel, un acharnement infondé

Des études initiales chez les mineurs exposés au diesel, que cite allègrement Kervasdoué, il ressort que chez les mineurs les plus fortement exposés au diesel pendant plus de quinze ans, le risque de cancer du poumon est multiplié par 7 chez les non-fumeurs (1). L’inverse donc de ce qu’il déclare. Depuis, de nombreuses autres études ont confirmé cela, y compris dans la population générale, et ont bien démontré que même à faible concentration, l’exposition sur le long terme à la pollution de l’air majore le risque de cancer du poumon et que ce sont les non-fumeurs et les anciens fumeurs qui voient leur risque de cancer du poumon le plus augmenté par la pollution de l’air, notamment diesel (2).

Ce n’est pas la dose qui fait le poison et même une faible exposition augmente le risque de cancer

Mais au-delà de l’épidémiologie, revenons à la toxicologie : qu’est-ce qui est cancérigène dans la pollution de l’air ? Prenons les principaux éléments : les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), tel que le benzo(a)pyrène, tellement cancérigène que sa manipulation est désormais interdite en laboratoire, cancérigène pour de très nombreux organes, notamment pour le poumon. C’est en grande partie sur base de la présence de benzo(a)pyrène que la cigarette a été classée cancérigène certain en 1996. En ville, le diesel représente une des principales sources d’émission de ce benzo(a)pyrène (3). En termes de substances cancérigènes, ce n’est pas la dose qui fait le poison et même une faible exposition augmente le risque de cancer. L’exposition à la pollution de l’air et au diesel est donc cancérigène chez les gens professionnellement exposés (garagistes, chauffeurs de bus et de poids-lourds), mais également dans la population générale (4) .

Lire aussi Moins il y a de pollution, moins nos enfants souffrent d’asthme

Rappelons que c’est sur la base de ces HAP et des métaux lourds présents à la surface des particules émises par le diesel (mais aussi par la combustion du charbon, du bois et les usines de type incinérateurs) que l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a classé le diesel puis la pollution de l’air comme cancérigènes certains, respectivement en 2012 et 2013.

Parmi tous les nombreux polluants de l’air, les substances cancérigènes sont toujours les mêmes : HAP, métaux lourds, formaldéhyde et butadiène. Tous proviennent majoritairement en ville du trafic routier et notamment du diesel. Dans l’air intérieur, ces mêmes substances proviennent majoritairement du tabac. Diesel et tabac ont donc de nombreux composés toxiques en commun, il est donc logique de retrouver des effets similaires sur la santé (cancer, maladies cardiovasculaires et respiratoires).

Les filtres à particules sont loin d’avoir réglé la toxicité du diesel

Certes, les pots catalytiques avec filtre à particules ont permis de diminuer certaines émissions toxiques des véhicules diesel, néanmoins les HAP cancérigènes tels le benzo(a)pyrène sont présents à la surface des particules ultrafines – qui ne sont que peu arrêtées par les filtres – et sont émis également sous forme de gaz pour lesquels les filtres à particules et catalyses sont peu efficaces, notamment en ville.

Les diesel, y compris récents, restent en ville la source principale de NO2, gaz toxique.

D’autre part, Jean de Kervasdoué omet de parler des autres émissions du diesel, en effet, le diesel est la principale source de NO2 (dioxyde d’azote), autre gaz extrêmement toxique pour le poumon et le système cardiovasculaire et qui, en ville, provient à 60 % du parc routier. Un diesel récent émet six fois plus de NO2 qu’un véhicule essence (5).

Une étude récente de l’American Journal of Critical Care and Respiratory Medecine démontre que pour les asthmatiques, les diesels récents avec filtre à particule sont potentiellement plus dangereux que les diesels anciens avec davantage d’effets toxiques sur l’hyperréactivité bronchique allergique lorsque les patients sont exposés à du diesel filtré. Les auteurs de cette étude expliquent cet effet toxique par le NO2, qui est émis en plus grande quantité sur les diesels modernes équipés de filtres à particules (6)

 

Les médecins et scientifiques du collectif Air-Santé-Climat :

Dr Thomas Bourdrel, Collectif Strasbourg Respire 

Dr Pierre Souvet, Association santé environnement France (ASEF

Dr Florence Trebuchon

Dr Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche CNRS 

Dr Mallory Andriantavy-Guyon, collectif Environnement Santé 74 

Dr Gilles Dixsaut, Fondation du souffle 

Guillaume Muller, association Val-de-Marne en Transition 

Pr Isabella Annesi-Maesano, directeur de Recherche Inserm, responsable équipe EPAR, IPLESP, Inserm et Sorbonne Université, Paris

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[1] J Natl Cancer Inst. 2012 Jun 6;104(11):855-68. doi: 10.1093/jnci/djs034. Epub 2012 Mar 5 : The Diesel Exhaust in Miners study: a nested case-control study of lung cancer and diesel exhaust.

[2] Olsson et al. Am J Respir Crit Care Med. 2011 Apr 1; 183(7)Turner et al. Am J Respir Crit Care Med. 2011 Dec 15; 184(12) — G.Chen et al. Thoracic Cancer 6(2015) 307-318Beelen et al. Epidemiology. 2008; 19: 702–10

[3]https://www.airparif.asso.fr/_pdf/publications/bilan-hap-130702.pdf

Particules ultrafines et HAP, la pollution cachée des véhicules diesel : Article sur lemonde.fr et article entier sur notre site

[4] Raaschou-Nielsen et al., Lancet Oncol. 2013 Aug;14(9):813-22

[5]http://www.asef-asso.fr/actualite/le-collectif-air-sante-climat-reagit-aux-annonces-mensongeres-sur-le-diesel/

[6]https://www.atsjournals.org/doi/abs/10.1164/rccm.201809-1657OC

La lutte pour le climat ne doit pas être menée au détriment de la santé !

Article publié sur Alternatives Economiques.

Focalisé sur la réduction des émissions de CO2, la lutte contre la pollution conduit à une augmentation des autres polluants dans l’air. Un collectif de médecins, chercheurs et associations appelle à mettre fin à cette grave contradiction.

Jeudi 24 octobre, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a condamné la France pour avoir « dépassé de manière systématique et persistante la valeur limite annuelle pour le dioxyde d’azote depuis le 1er janvier 2010 ». Cette sanction met à nouveau en lumière les contradictions de l’Etat et l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) qui, dans leur légitime volonté de diminuer les émissions de gaz à effet de serre (en particulier de CO2), continuent malheureusement de prendre des mesures conduisant à une augmentation des polluants dans l’air. Parmi eux, le dioxyde d’azote (NO2), mais aussi les particules fines, ultrafines, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ainsi que les perturbateurs endocriniens. Une politique cohérente de lutte contre les émissions doit pourtant être présente sur les deux fronts : diminution du CO2 ET de tous ces polluants toxiques. Rappelons que la pollution atmosphérique, qui en Europe tue autant que le tabac, est responsable de 68 000 décès par an en France.

Or, la focalisation sur les seules émissions de CO2 a conduit les gouvernements successifs et l’Ademe à dégrader la qualité de l’air. La promotion des véhicules diesel pendant plus de 20 ans, via un système de bonus-malus, est en particulier une ineptie sanitaire. Ces véhicules sont en effet à l’origine d’importantes émissions des gaz toxiques (NO2, hydrocarbures aromatiques polycycliques) et de particules ultra-fines, aux effets délétères sur les systèmes respiratoires, cardio-vasculaires, neurologiques, ainsi que sur les fœtus.

L’hérésie du chauffage au bois

Mais on trouve bien d’autres aberrations. Par exemple, le ministère de la Transition écologique et l’Ademe (organisme sous contrôle du ministère de la Transition écologique et celui de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation) encouragent financièrement le chauffage au bois individuel. Ils incitent également les collectivités à installer des chaufferies collectives au bois, qui ne sont que d’énormes cheminées fortement émettrices de particules ultrafines, de NO2 et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) cancérigènes. Le chauffage au bois émet 35 fois plus de HAP cancérigènes que le fioul domestique, quand les chauffages au gaz et à l’électricité n’en émettent pas du tout.

Ces HAP cancérigènes tels que le Benzo(a)pyrène sont tellement dangereux pour la santé que leur manipulation est désormais interdite en laboratoire ! Et pourtant, les principaux émetteurs de ces molécules tueuses sont le chauffage au bois, le diesel et l’incinération des déchets, tous les trois favorisés par nos gouvernements au détriment de la santé publique !

En effet, l’Ademe apporte également son soutien aux productions de chaleur par incinération, alors même qu’il s’agit d’une activité extrêmement polluante, génératrice de nombreuses molécules toxiques (HAP, dioxines bromées) majorant le risque de cancers et de troubles de la reproduction chez les riverains. Chose incroyable, on lit même dans un rapport de l’Ademe que l’exposition aux fumées d’incinérateur ne comporte pas de dangers pour les riverains ! Cela est totalement faux, et va à l’encontre de nombreuses études et des recommandations de l’OMS et l’Unesco qui, depuis plus de dix ans, préconisent de ne plus construire d’incinérateurs en zone urbaine. Rappelons, en outre, que la France bénéficie déjà du plus important parc d’incinérateurs par habitant en Europe et du deuxième au monde !

Nous souhaiterions donc à l’avenir que toutes les décisions destinées à diminuer les émissions de CO2 soient préalablement évaluées sous l’angle sanitaire, afin d’éviter des décisions qui menacent la santé et la vie de nos concitoyens. Il est urgent que le plan Climat devienne un plan Air-Santé-Climat pour que l’argument sanitaire soit pris en compte dans chaque décision. Pour cela, nous exigeons une implication du ministère de la Santé, qui devrait avoir la co-gestion des problèmes environnementaux afin qu’action sanitaire et action environnementale soient enfin mises en cohérence.


Dr Thomas Bourdrel, Collectif Strasbourg respire, Collectif Air-Santé-Climat

Dr Pierre Souvet, Association Santé Environnement France (ASEF), Collectif Air-Santé-Climat

Dr Florence Trebuchon, Collectif Air-Santé-Climat

Pr Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche CNRS, Collectif Air-Santé-Climat

Dr Mallory Andriantavy-Guyon, Collectif Environnement Santé 74, Collectif Air-Santé-Climat

Dr Gilles Dixsaut, Collectif Air-Santé-Climat

Guillaume Muller, Association Val-de-Marne en transition, Collectif Air-Santé-Climat

Antoine Martin, Association pour le respect du site du Mont-Blanc (ARSMB)

Professeur Isabella Annesi-Maesano, Directeur de Recherche INSERM, Collectif Air Santé Climat

Incendie de Rouen : « L’autre risque de pollution potentiellement bien plus dangereux concerne les émissions quotidiennes de ces industries »

Un collectif de médecins et de scientifiques spécialistes des impacts sanitaires de la pollution de l’air dénoncent, dans une tribune au « Monde », l’insuffisance des contrôles sur les sites industriels à risque.

Tribune. Derrière les fumées noires de Lubrizol, derrière les termes « installations classées » et « sites classés Seveso », se dévoile au grand public l’opacité des industries à risque.

Lubrizol – CC – Daniel Briot (Flickr)

Le terme d’installations et de sites classés regroupe les principales usines potentiellement dangereuses allant des établissements industriels classés Seveso – du nom du village italien où une usine chimique a rejeté accidentellement un nuage de dioxine en 1976 avec des répercussions sanitaires sur des générations d’Italiens – aux incinérateurs, en passant par de nombreuses usines chimiques en tout genre.

L’accident de Lubrizol, qui est loin d’être un cas isolé, est pour nous médecins, scientifiques et ONG, l’occasion d’alerter sur l’insuffisance des contrôles qui sont imposés à ces industries. Ces accidents ne sont que la partie visible du risque sanitaire et environnemental.

L’autre risque potentiellement bien plus dangereux, bien plus opaque, concerne les émissions quotidiennes de ces industries : particules ultrafines recouvertes d’hydrocarbures aromatiques polycycliques et de métaux lourds, perturbateurs endocriniens, qui, années après années, augmenteront le risque de cancers, de maladies cardiovasculaires et respiratoires chez les riverains, avec un risque encore plus important lorsque ces industries sont en zone urbaine.

Des dérogations

A haut risque de pollution, ces installations classées bénéficient pourtant d’un système de contrôle pour le moins complaisant et extrêmement tolérant au vu des risques sanitaires encourus.

En effet, ces industries bénéficient de dérogations méconnues du grand public, un régime
d’auto déclaration qui autorise les industriels à déclarer eux-mêmes leurs émissions de polluants, sans qu’aucune agence indépendante, aucune agence agréée de surveillance de la qualité de l’air n’ait le droit, en routine, d’efectuer des mesures de polluants autour ou dans l’enceinte de ces industries. Il en résulte une opacité quant aux émissions réelles de ces industries.

« L’autosurveillance repose sur la confiance accordée à l’exploitant » : cette phrase figure en toutes lettres sur le site du ministère de la transition écologique et solidaire. De nombreux scandales, dont celui du dieselgate, nous ont amèrement rappelé que cela ne fonctionnera jamais.

Certes, les contrôles existent mais, par manque de moyens, les contrôles préfectoraux sont rares, allant d’une fois par an à tous les cinq ans. Seulement un tiers des 44 000 établissements les plus dangereux sont contrôlés tous les ans, et le nombre des visites d’inspection a diminué de 36 % en dix ans. De plus, les établissements sont prévenus à l’avance de la survenue d’un contrôle.

La fin du régime de l’auto-déclaration

En outre, les normes de pollution industrielle ne sont pas des normes sanitaires, seul le volume global de certains polluants est pris en compte, sans prendre en considération les concentrations en polluants dans l’air, et seuls quelques dizaines de polluants sont suivis sur les centaines de substances émises.

Ainsi, les particules ultrafines, qui sont les plus dangereuses en raison de leur taille et de leur surface recouverte d’hydrocarbures aromatiques, les dioxines bromées, ainsi que de nombreuses substances cancérigènes et/ou perturbateurs endocriniens, ne font l’objet d’aucune réglementation, ni surveillance, lors de leur rejet dans l’atmosphère par ces industries.

Un autre passe-droit concerne de nombreuses installations classées, notamment les incinérateurs, qui sont autorisées, à chaque arrêt et redémarrage, à rejeter dans l’air des polluants sans contrôle ni limite d’émissions.


Ces mêmes industries bénéficient également de soixante heures de dépassement annuel durant lesquelles elles peuvent rejeter des quantités de polluants sans aucune limite, et sans qu’aucune mesure des émissions ne soit effectuée et comptabilisée. Cette dérogation engendre d’importants rejets de polluants en toute légalité !

Au nom de la sécurité sanitaire nous demandons une refonte et un durcissement du système de contrôle des sites et installations classées, avec notamment la fin du régime de l’auto-déclaration, la mise en place de contrôles des émissions par des organismes indépendants, des mesures déconcentration en polluants à proximité immédiate, la prise en compte et la surveillance de l’ensemble des polluants toxiques notamment les particules ultrafines.

Nous demandons des contrôles fréquents et réguliers de ces industries, ce qui implique d’allouer davantage de moyens matériels et financiers aux organismes préfectoraux qui en ont la charge. Enfin, toute demande d’extension d’activité engendrant davantage de pollution devrait être systématiquement interdite pour les industries situées en zones urbaines.


Les signataires :

Docteur Mallory Andriantavy-Guyon, collectif Environnement santé 74, collectif Air-Santé-Climat ;
Professeur Isabella Annesi-Maesano, DR1 Inserm, collectif Air-Santé-Climat ;
Matthias Beekmann, directeur de recherche CNRS ;
Professeur Jean-Paul Bourdineaud, CNRS, Institut européen de chimie et biologie ;
Docteur Thomas Bourdrel, collectif Strasbourgrespire, collectif Air-Santé-Climat ;
Docteur Isabelle Chivilo, Comité de recherche et d’information indépendante sur le génie génétique (Criigen) ;
André Cicolella, président du Réseau environnement santé (RES) ;
Docteur Gilles Dixsaut, collectif Air-Santé-Climat ;
Stéphane Giraud, directeur d’Alsace nature ;
Guillaume Muller, Association Val-de-Marne en transition, collectif Air-Santé-Climat ;
Docteur Pierre Michel Perinaud, collectif Alerte médecins pesticides (AMLP) ;
Docteur Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche CNRS, collectif Air-Santé-Climat ;
Docteur Michel Simonot, réseau Environnement santé ;
Docteur Pierre Souvet, président de l’Association santé environnement France (ASEF), Collectif Air-Santé-Climat ;
Docteur Joël Spiroux de Vendômois, médecine environnementale, président du Criigen ;
Docteur Florence Trebuchon, ASEF, collectif Air-Santé-Climat ;
Christian Vélot, généticien moléculaire, université Paris-Sud.

Le Collectif Air Santé Climat réagit à la réhabilitation du diesel voulue par Bercy

Communiqué de Presse du collectif AIR-SANTE-CLIMAT

Notre collectif AIR-SANTE-CLIMAT composé de médecins, de chercheurs et de responsables associatifs a pour objectif d’alerter sur l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé et de proposer des solutions pour améliorer la qualité de l’air.  Notre combat est celui de la vérité scientifique.  Continuer la lecture de Le Collectif Air Santé Climat réagit à la réhabilitation du diesel voulue par Bercy