Des professionnels de santé et associations alertent sur le développement des centrales au bois et des incinérateurs

La combustion du bois est la source la plus émettrice de polluants toxiques pour la santé. Les particules de combustion émises par la combustion du bois sont les plus nocives, semblables en termes de composition aux particules diesel (fioul de chauffage et gazole routier), notamment en raison des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) extrêmement cancérigènes qui entrent à la fois dans la composition des particules fines mais également des gaz émis par la combustion du bois. La combustion du bois peut émettre jusqu’à 35 fois plus de HAP cancérigènes que le fioul domestique, et bien plus encore comparativement à la combustion du charbon ou du gaz. En plus de leur caractère cancérigène, ces particules carbonées sont également les plus toxiques pour les systèmes respiratoires, cardiovasculaires ainsi que pour le développement du fœtus.

 
La combustion du bois est également à l’origine d’autres polluants toxiques, notamment des composants organiques volatiles, cancérigènes également.
 
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Dans ce contexte, encourager le développement du chauffage au bois et des centrales biomasses – qui fonctionnent en grande partie au bois – est dangereux pour la santé de nos concitoyens et incompatible avec les politiques publiques d’amélioration de la qualité de l’air notamment dans les 13 villes et territoires qui outrepassent les normes européennes.

Certes cette pollution est surtout marquée pour les anciens appareils de chauffage et tend à diminuer avec l’amélioration et le renouvellement des installations. Ainsi certaines centrales biomasses récentes sont équipées de filtres à manche permettant de diminuer les émissions mais qui laissent passer les particules ultrafines, les plus toxiques, en raison de leur taille et des nombreux hydrocarbures aromatiques polycycliques présents à leur surface.
 

De nombreux projets de centrale biomasse en France et à l’étranger se heurtent à l’opposition de riverains inquiets pour leur santé et d’associations en pointe dans la lutte écologique, telles que Greenpeace ou Les Amis de la Terre, qui s’accordent  pour dénoncer la multiplication des centrales au bois.

Les erreurs ne s’arrêtent malheureusement pas là puisque l’État encourage – en plus de la combustion du bois – le recours à la production de chaleur par incinération. Citons l’usine Blue Paper à Strasbourg, qui a bénéficié de subventions et d’aides des collectivités et de l’Ademe pour remplacer des chaudières au gaz par un incinérateur afin de fournir la chaleur nécessaire à la production de carton recyclé. Ce passage du gaz à l’incinération de déchets augmente significativement les émissions de particules fines et de HAP.

10 % de gaz à effet de serre supplémentaires d’ici dix ans

Dangereuse pour la santé, la combustion intensive du bois n’est pas bonne non plus pour le climat. Si la croyance populaire, savamment entretenue, veut qu’elle soit neutre en carbone, en vérité, il n’en est rien : à quantité égale, la combustion du bois est plus émettrice de CO2 que n’importe quelle autre énergie ! Certes, les arbres absorbent du CO2 – CO2 d’ailleurs habilement retranché des émissions liées à la combustion du bois pour faire croire en sa neutralité carbone. Mais si celle-ci peut être réelle lors de faible consommation des ressources en bois, elle ne fonctionne plus au rythme actuel de déforestation et de consommation du bois, qui rend impossible à nos forêts de remplir leur fonction absorbeuses de CO2, y compris en Europe.

C’est le sens d’une lettre publiée dans la revue Nature – et envoyée à l’Union européenne – par des chercheurs du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) . Ces scientifiques alertent sur le danger du développement industriel des forêts européennes, qui ne permet pas de compenser l’augmentation des émissions de CO2 liées au développement des centrales et chauffages au bois et ils estiment que si rien n’est fait la filière bois énergie sera responsable, à elle seule, d’un accroissement de 10 % des gaz à effet de serre dans les dix prochaines années

Les médecins appellent à une évaluation plus fine des polluants
toxiques dans l’atmosphère

Nous, médecins et professionnels de santé, rappelons également que les polluants toxiques sont insuffisamment évalués et réglementés dans l’air ambiant, notamment les polluants émis par le secteur industriel incluant les centrales au bois et incinérateurs. Nous insistons sur l’importance d’instaurer des valeurs limites et une surveillance des polluants toxiques non encore réglementés, comme le préconise l’Anses, et nous demandons une révision des normes pour les polluants les plus nocifs comme les HAP. En effet, sur la dizaine de HAP cancérigènes, seul le benzo(a)pyrène bénéficie de valeurs limites dans l’atmosphère, mais il s’agit de normes annuelles et  non journalières. En outre, la Convention de Genève prévoyait  en 1997 de diviser par un facteur 10 ces concentrations annelles (de 1ng/m3/an à 0,1ng/m3/an) ce qui n’est toujours pas appliqué !


Premiers médecins et professionnels de santé signataires (lorsque pas de villes citées après le nom, il s’agit de Strasbourg)
 
  • Dr Thomas Bourdrel, radiologue
  • Dr Christian Michel, médecin généraliste
  • Dr Thierry Reeb, cardiologue
  • Dr Schmoll Laurent, ORL
  • Dr Catherine Jung, médecin généraliste
  • Dr Anny Zorn, médecin généraliste
  • Dr Boivin Sophie, endocrinologue
  • Dr Annic Jarnoux, médecin généraliste
  • Dr Jean Marie Diancourt, pneumologue
  • Dr Myriam Ernst, médecin généraliste
  • Dr Jean Louis Bagot, médecin généraliste
  • Dr Frédérique Sauer, cardiologue
  • Céline Bruderer, sage-femme
  • Dr Claire Wilhelm, médecin généraliste
  • Violaine Marcant, orthophoniste
  • Dr Denis Matter, radiologue
  • Dr Farid Bousseksou, médecin urgentiste
  • Joëlle Berger-scheydecker, kinésithérapeuthe
  • Dr David Dadoun, cardiologue
  • Dr Benjamin Brodaty, anesthésiste-réanimateur
  • Dr Christelle Brodaty, biologiste
  • Dr Sophie Rabourdin, médecin généraliste
  • Dr Juliette Chambe, médecin généraliste
  • Dr Daniel Wiedemann, médecin généraliste
  • Rita-marianne Lange, neuropsychologue
  • Luisa Weiner, neuropsychologue, Maître de Conférences en Psychologie
  • Dr Claude Schaal, radiologue
  • Dr Julien Frey, médecin Unité de Soins Palliatifs
  • Dr Bruno Hauss, anesthésiste-réanimateur
  • Françoise Caillet psychologue
  • Dr Alexandre LECLERCQ, pneumologue
  • Dr Guillaume MICHEL, ophtalmologue
  • Dr Thomas Lefranc, psychiatre
  • Dr Olivier Rahimian, ophtalmologue
  • Dr Vanessa Juif, gastroentérologue
  • Dr Rivera, Chirurgien
  • Dr Emmanuel Dautheville, cardiologue
  • Dr Jean LONSDORFER, Ancien PU-PH Physiologie et Explorations Fonctionnelles
  • Respiratoires et du Sport, HUS
  • Dr Julie Blavin, ophtalmologue
  • Dr Gaspard Prevot, médecin généraliste
  • Dr Jean-Marie MONSCH, gastroentérologue
  • Dr Christophe Marcot, pneumologue
  • Dr Arnaud Pfersdorff, pédiatre
  • Dr Valérie Ronzino-Dubost, chirurgien-sénologue
  • Dr Clarisse Gilles, médecin généraliste
  • Professeur Isabella Annesi-Maesano, Directrice de recherche INSERM / Directrice d’équipe labellisée INSERM et Sorbonne Université EPAR
  • Docteur Mallory Guyon, médecin généraliste, les Houches
  • Docteur Gilles Dixsaut, Comité Francilien contre les maladies respiratoires
  • Docteur Pierre Souvet, cardiologue, Vitrolles
  • Docteur Jean-Baptiste Renard, Directeur de recherche LPC2E-CNRS
  • Dr Hélène Cléry, médecine générale, Pujaut
  • Murie Auprince, diététicienne, Saint Gervais
  • Dr Richard Faitg, anesthésiste, les Hôpitaux de Léman
  • Dr Anne-Louise Durand, Dermatologue
  • Dr Lamia Kerdjana, Anesthésiste-réanimatrice ,Présidente de Jeunes Médecins IDF
  • Dr Julien Petit, médecine du sport Annemasse
  • Dr Alicia Pillot, médecin généraliste Heyrieux
  • Dr Christine Malfay-Regnier, ophtalmologue, Valence
  • Docteur Patrick Lemettre, médecin généraliste
  • Dr Philippe Kuentz, dermatologue, Grenoble
  • Dr Séverine Guyon Gillig, médecine générale Strasbourg
  • Dr Mélanie Popoff. Médecin spécialiste en Médecine Physique et de Réadaptation Bordeaux
  • Dr Sylvie Langlais, gynécologue Metz
  • Docteur Xavier FEINTRENIE, pneumologue Vandoeuvre les Nancy

 

  • Réseau Environnement Santé (RES)
  • Association Santé Environnement France (ASEF)
  • Collectif Air- Santé-Climat
  • Association pour le Respect du Site du Mont Blanc (ARSMB)
  • Collectif Environnement Santé 74
  • Coll’Air Pur Santé (CAP)
 

Article également disponible sur Libération.fr

 

Pollution de l’air, impact sanitaire, ZFE : après les paroles, des actes !

– Si vous êtes médecin, et que vous souhaitez signer cet appel, écrivez-nous à
strasbourgrespire (a) gmail (point) com

Les semaines dernières, Strasbourg et l’Alsace, une fois de plus, malgré le soleil tant attendu, ont dépassé pendant plusieurs jours les seuils d’alerte de pollution aux particules fines. Ces pics de pollution sont responsables de décompensations de maladies chroniques : plus de crise d’asthme, plus de risque d’infarctus, plus d’accidents vasculaires cérébraux. Notons qu’une partie des particules fines en cause dans ces récents pics de pollution sont des poussières de sable désertique qui ne sont pas les plus dangereuses, en effet, toutes les particules ne se valent pas en termes de toxicité. Les particules de combustion issues du trafic routier, chauffage au bois, incinération, sont de loin les plus dangereuses pour la santé humaine.

Nous, médecins sur le terrain, particulièrement mobilisés dans le cadre de la pandémie Covid-19, en contact quotidiennement avec nos patients, rappelons que la pollution quotidienne, pollution dite de fond, à savoir l’air que nous respirons tous les jours est bien plus délétère au long terme que les pics de pollution, aggravant les maladies cardio-vasculaires, maladies respiratoires, maladies neurodégénératives, cancers… Nous savons de longue date que les enfants également sont touchés dès leur plus jeune âge, y compris in-utero, avec des répercussions sur le poids de naissance ainsi que sur la prématurité.

Photo by joiseyshowaa

Nous tirons la sonnette d’alarme depuis plus de 20 ans. Certains d’entre nous étaient déjà à l’origine, dès les années 1990 … de la première étude française sur le rapport entre pollution de l’air et morbi-mortalité induite. Par la suite de nombreux travaux scientifiques et publications ont confirmé le lien santé-pollution de l’air. En  2015, plus d’une centaine d’entre nous avions signé une pétition  (du Collectif Strasbourg Respire) demandant à nos élus de  prendre le problème de la pollution à bras le corps et de passer à l’action[1]. Certains d’entre nous consacrent depuis plusieurs années une part de leur énergie à améliorer les connaissances et sont devenus des experts nationaux reconnus[2]. Les arguments d’aujourd’hui sont adossés aux données actualisées et validées de la science.

Avons-nous été entendus ? Nous voulons aujourd’hui insister plus particulièrement sur le trafic routier qui joue un rôle important dans cette pollution urbaine : plus de 60% des émissions de NO2 et près d’un tiers des particules fines, avec la problématique prioritaire du diesel : un diesel récent émet 6 fois plus de NO2 qu’un véhicule essence, et des particules de composition plus toxique. Pourtant, aujourd’hui, en 2021, à Strasbourg et à l’Eurométropole, existe encore un débat, sur la date de mise en œuvre d’une zone à faible émission (ZFE) qui doit permettre autant que possible, de diminuer le trafic et d’avoir des véhicules moins polluants. Rappelons – d’une part – que la mise en place de ces ZFE est désormais obligatoire pour les villes ne respectant pas les seuils de particules fines et de NO2, et rappelons surtout que l’impact sanitaire de la pollution de l’air ne cesse d’être revu à la hausse et impose des mesures urgentes et prioritaires[3]. Il est – dans ce contexte- difficile d’entendre certain(e)s élu(e)s demander un report ou un nouveau délai dans la mise en place d’une ZFE à Strasbourg. La situation sanitaire liée à la Covid, ne doit pas être une excuse, au contraire même puisque nous avons des solutions concrètes et efficaces pour diminuer l’impact sanitaire de la pollution, qui de plus, constitue un facteur aggravant de la pandémie Covd-19[4].

La mise en route de la ZFE devra s’accompagner d’aides financières au cas par cas, du développement de transports en commun, des pistes cyclables de bonne qualité, et de tous les moyens possibles pour que tous les habitant de l’agglomération, même les plus éloignés du centre de Strasbourg puissent se déplacer sans avoir besoin impérativement d’une voiture. La ZFE ne saurait être qu’une incitation au changement de véhicules. Il est important que des aides soient proposées pour d’autres modes de transports non polluants ainsi que pour le « retrofit » – à savoir la transformation d’un véhicule diesel ou essence en moteur électrique ou au gaz sans avoir à changer de véhicules.

Enfin, ce serait dommageable de penser que la seule mise en place d’une ZFE réglera d’un coup de baguette magique les problèmes de pollution à Strasbourg, d’autres secteurs doivent également être prioritaires tels que le secteur industriel dont la pollution reste sous-estimée et peu contrôlée[5]. Enfin, il faut cesser d’encourager le développement du chauffage au bois, individuel ou collectif, en ville, et freiner également l’incinération, au risque d’annuler tous les bénéfices attendus de la mise en place d’une ZFE.

Nous sommes également attentifs aux récents travaux rendus de la Convention Citoyenne pour le Climat, tout comme aux avis du Haut Conseil pour le Climat, en particulier concernant l’impact des gaz à effets de serre. Nous, médecins et citoyens, en appelons à la responsabilité et au courage de nos élus et demandons la mise en application rapide, prioritaire, des mesures nécessaires à la réduction de la pollution de l’air à Strasbourg, pour la santé publique et la santé de toutes et tous.


Dr Christian Michel, médecin généraliste
Dr Thomas Bourdrel, médecin radiologue
Dr Thierry Reeb médecin cardiologue
Dr Sophie Boivin, endocrinologue
Dr Anny Zorn
Dr Yves Duverneix
Dr Sauer Frédérique, cardiologue
Dr Foesser fabien, médecin généraliste
Dr Guillaume Kuntz
Dr Pascal Lecomte chirurgien hospitalier
Dr Farid Bousseksou, médecin généraliste
Dr Alexandre Butscher
Dr Lucile Ratheau médecin endocrinologue
Dr Barth Georges médecin généraliste
Dr Armelle Schuller pneumologue
Dr Myrian Ernst, médecin géneraliste
Dr Yannick SCHMITT, médecin géneraliste
Dr Denis Matter, médecin radiologue
Dr Jean Lionel Bagot, médecin géneraliste
Dr Sophie Rabourdin, médecin géneraliste
Dr Juliette Chambe, médecin generaliste
Dr Emmanuel Colléaux, médecin généraliste et de médecine préventive
Dr Gaspard Prévot, médecin géneraliste
Dr Karine Schutz Anheim, pneumologue
Dr Georges yoram federmann, Psychiatre
Dr Thibault Caspar, cardiologue

 

[1] www.lemonde.fr/pollution/article/2015/04/15/les-medecins-strasbourgeois-alertent-sur-les-effets-de-la-pollution-de-l-air_4616538_1652666.html

[2] Bourdrel T., Réalités Cardiologiques – n° 358_Décembre 2020 – Cahier 1

[3] Une étude inédite parue mardi 9 février dans la revue scientifique Environmental Research. Des chercheurs en santé environnementale de l’université Harvard (Etats-Unis), en collaboration avec leurs collègues britanniques des universités de Birmingham, Leicester et Londres, ont cherché à mesurer la mortalité due aux particules fines (PM2,5, de diamètre inférieur à 2,5 micromètres) issues de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole et diesel principalement). Leurs résultats sont alarmants

[4] err.ersjournals.com/content/30/159/200242

[5] www.francebleu.fr/infos/environnement/pollution-de-l-air-une-tribune-pour-reclamer-plus-de-controles-des-emissions-industrielles-a-1603204892

100 000 décès seraient attribués chaque année aux particules fines en France

Un décès sur cinq dans le monde serait lié à la pollution de l’air

En France, près de 100 000 décès seraient attribués chaque année aux particules fines issues de la combustion des énergies fossiles, selon une étude de Harvard. Le double de l’estimation officielle des autorités sanitaires.

Le nombre de décès imputables à la pollution de l’air est très largement sous-estimé. Tel est l’enseignement majeur d’une étude inédite parue mardi 9 février dans la revue scientifique Environmental Research. Des chercheurs en santé environnementale de l’université Harvard (Etats-Unis), en collaboration avec leurs collègues britanniques des universités de Birmingham, Leicester et Londres, ont cherché à mesurer la mortalité due aux particules fines (PM2,5, de diamètre inférieur à 2,5 micromètres) issues de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole et diesel principalement). Leurs résultats sont alarmants.

En France, selon leurs calculs, près de 100 000 décès prématurés (97 242) seraient attribués chaque année à la pollution de l’air extérieur liée aux énergies fossiles. Soit 17,3 % de l’ensemble des décès. Un bilan en hausse de près de 45 % par rapport à la dernière estimation : une étude publiée en mars 2019 dans l’European Heart Journal, la revue médicale de la Société européenne de cardiologie, évaluait à 67 000 le nombre de décès liés à la pollution de l’air, toutes sources confondues. 97 242 morts, c’est plus du double du chiffre officiel de 48 000 décès retenu depuis 2016 par Santé publique France et repris dans toutes les communications institutionnelles pour alerter des dangers de l’exposition à un air dégradé.

Le même différentiel se retrouve à l’échelle de la planète. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) se réfère toujours à 4,2 millions de décès imputables à la pollution de l’air extérieur, sur la base de l’année 2016. Les chercheurs de Harvard arrivent eux à un total de 8,7 millions de morts prématurées sur la base de l’année 2018. Soit un décès sur cinq dans le monde. La Chine, où la situation s’améliore cependant depuis une dizaine d’années, paie toujours le plus lourd tribut avec 2,4 millions de victimes.

Résolution spatiale

Comment expliquez que la mortalité attribuée à la pollution de l’air ait pu à ce point être  sous-estimée jusqu’ici? Tout d’abord, à la différence des évaluations précédentes, qui s’intéressaient à toutes les PM2,5, sans chercher à les distinguer en fonction de leur source d’émission, les auteurs se sont concentrés sur les particules d’origine fossile. Or, comme le rappelle le professeur Thomas Bourdrel, du collectif Air-SantéClimat et auteur de plusieurs publications de référence sur la pollution de l’air,« toutes les particules ne se valent pas ».

Parce qu’elles comportent un noyau central de carbone pur et qu’elles sont entourées à leurs surfaces d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) cancérogènes, les particules de combustion primaire sont « beaucoup plus toxiques» que celles formées à partir des épandages agricoles ou des poussières du désert qui avaient donné une teinte orangée au ciel dans l’est de la France samedi 6 février.

 

Photo by Jacek Dylag on Unsplash

Afin d’identifier et de mesurer la concentration dans l’air des particules issues de la combustion fossile, les chercheurs ne se sont pas contentés, à la différence des études  précédentes, d’analyser les images satellites. Ils ont utilisé un modèle mathématique de  résolution spatiale en 3D baptisé GEOS-Chem et développé par l’université Harvard qui  permet de reconstituer les transferts de pollution dans l’atmosphère en Les évaluations précédentes s’étalent Intéressées à toutes les particules fines, sans distinction temps réel.  «Le modèle divise le monde en de multiples “boîtes” de 50 km sur 60 km. Il nous a permis de déterminer les niveaux de concentrations en particules issues de la combustion fossile dans chaque boîte», explique Kam Vohra (université de Birmingham), un des auteurs  principaux. Désormais, nous sommes en mesure de savoir plus précisément ce que les  gens respirent.» Les cartes réalisées par les chercheurs montrent ainsi qu’en France les  «boîtes» virent au rouge particulièrement en Ile-de-France.

Autre piste d’explication,  l’article publié dans Environmental Research se fonde sur un nombre sans précédent  d’études récentes, notamment épidémiologiques, et une méta-analyse, qui n’avaient pu  être incorporées dans les estimations précédentes. Grâce à ce corpus, les auteurs ont pu élaborer un nouveau modèle d’évaluation des risques.

Toxicité du chauffage à bois

Ils ont  ainsi mis à jour et revu à la hausse le « risque relatif» à l’exposition aux particules fines liées aux énergies fossiles. Ils ont constaté que les effets de la pollution sur la santé étaient  largement sous-estimés à la fois lors d’exposition chronique à de très fortes concentrations (notamment en Asie) mais aussi à plus faible dose comme en Europe ou en  Amérique du Nord. Preuve supplémentaire que les effets délétères des particules fines, les plus dangereuses car elles pénètrent profondément dans l’organisme, se font ressentir même en deçà de la limite préconisée par l’OMS (10 microgrammes par mètre cube en moyenne annuelle) qui servait jusqu’ici de référence pour évaluer la mortalité de la pollution de l’air.

« Souvent, lorsque nous discutons des dangers de la combustion des énergies fossiles, c’est dans le contexte du CO2, et du changement climatique et nous négligeons l’impact potentiel sur la santé des polluants émis avec les gaz à effet de serre,  commente Joel Schwartz, professeur d’épidémiologie environnementale à Harvard et  coauteur de l’article. Nous espérons qu’en quantifiant les conséquences sanitaires de la  combustion fossile nous envoyons un message clair aux décideurs politiques et au grand  public quant aux bénéfices d’une transition vers des sources d’énergie alternatives. »

L’étude du professeur Schwartz et de ses collègues fait en revanche l’impasse sur d’autres  particules, pourtant similaires en termes de toxicité et de composition: celles issues du  chauffage au bois. Une étude européenne coordonnée par l’Institut Paul-Scherrer (Suisse)  et publiée en novembre 2020 dans la revue Nature montrait qu’elles comptaient parmi les  plus dangereuses, en raison de leur potentiel oxydant, avec les particules métalliques  générées par l’usure des freins et des pneus et des véhicules. De quoi revoir de nouveau à  la hausse le bilan de la pollution de l’air dans une prochaine publication.

STÉPHANE MANDARD
Article publié le 09 février 2021 dans Le Monde

Diesel : des millions de particules dans le corps d’enfants strasbourgeois

Une étude, menée pour la première fois en France, démontre la présence massive de nanoparticules toxiques chez une vingtaine d’enfants à Strasbourg. Plus d’1 million de particules ultrafines par millilitre d’urine, issues de la pollution principalement diesel, ont été retrouvées.

Les nanoparticules (ou particules ultrafines), sont les plus dangereuses pour la santé, augmentant considérablement le risque de cancer et de maladies cardiovasculaires (principalement le risque d’accident vasculaire cérébral et d’infarctus) mais aussi franchissant le placenta avec des répercussions sur le fœtus. Les nanoparticules dosées dans cette étude sont des particules carbonées qui proviennent en ville majoritairement du parc diesel et qui ont été dosées dans les urines grâce à la mesure d’un de leurs composants: le “black carbon”.

Si ces nanoparticules sont encore peu mesurées dans l’air ambiant, la nouvelle étude conduite par l’équipe du professeur Tim Nawrot dresse un constat édifiant du niveau de pollution liée aux nanoparticules à Strasbourg et révèle surtout un lien significatif entre le taux de particules dans les urines et la distance d’habitation de l’enfant par rapport à un axe routier. Les taux mesurés dans les urines d’enfants strasbourgeois sont superposables à ceux retrouvés sur de précédentes études dans les urines d’enfants résidents à Anvers (Belgique)[1].

Photo by Alex Presa on Unsplash

Ces millions de particules retrouvées dans les urines d’enfants résidant dans différents quartiers de Strasbourg, sont des particules de combustion (diesel, bois, charbon..) qui sont composées de carbone pur (black carbone) au centre de la particule et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques et de métaux à la surface de la particule. Ces particules carbonées sont les plus toxiques de par leur composition, et de par leur taille (particules ultrafines – nanoparticules – de moins de 0,1 µm) qui leur permet de franchir la barrière pulmonaire et d’atteindre tous les organes. Dans les métropoles françaises, la source principale de ce type de particules est le parc diesel – l’essence n’émettant pas ou très peu de black carbone -, ainsi que le chauffage au bois l’hiver et les industries de type incinération et papeterie par exemple.

A noter que des taux encore bien plus importants ont été retrouvés dans les villes les plus polluées de Pologne en raison notamment des centrales à charbon mais, au-delà des taux de particules retrouvées, cette étude souligne surtout l’importante inégalité d’exposition des enfants avec des taux significativement plus élevés pour les enfants qui résident à proximité d’un axe routier à Strasbourg. En effet, les taux de particules mesurés sont directement proportionnels à la distance de l’habitation par rapport à un gros axe routier.

Enfin, rappelons qu’il n’existe pas d’effet de seuil concernant l’effet des particules fines sur la santé, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de niveau en dessous duquel il n’y a pas d’effet, ainsi, une exposition – même à de faibles quantités de particules – sur plusieurs années aura un impact considérable sur la santé.

Nous appelons donc les pouvoirs publics à intensifier les mesures de lutte contre la pollution de l’air en :

-mettant en place des zones à faibles émissions excluant les véhicules diesel

– réduisant les émissions du chauffage collectif ou individuel au bois

– renforçant le contrôle et les sanctions sur les émissions industrielles comme l’ont rappelé plusieurs associations et médecins lors d’une récente tribune[2].

 Rappelons enfin que la pollution de l’air est responsable de plus de 15% des décès liés au COVID-19. Dans le contexte sanitaire actuel, la lutte contre la pollution de l’air est urgente et ne peut être encore retardée.


 

Une enquête du collectif Strasbourg Respire, menée par le professeur Tim Nawrot, a quantifié les nanoparticules – dangereuses pour la santé – dans les urines d’une vingtaine d’enfants strasbourgeois. La proximité avec des axes routiers augmente donc leur présence dans l’organisme !

Débat organisé par le Club de la Presse Strasbourg Europe

 

 


Pollution industrielle de l’air à Strasbourg

En raison de son climat et sa géographie, Strasbourg figure parmi les villes les plus polluées de France, et, comme dans 10 autres villes françaises, la qualité de l’air n’y est pas conforme aux normes européennes. L’Union européenne a condamné la France et lui a imposé de prendre des mesures parmi lesquelles la mise en place de zone à faibles émissions (ZFE) visant à limiter la circulation des véhicules polluants. Cette mesure difficile est indispensable, et devra s’accompagner d’aides au cas par cas, mais nous demandons que, dans le même temps, un effort soit demandé aux autres pollueurs en commençant par le secteur industriel.

Opacité sur les émissions réelles en « sortie de cheminée » des industries

En effet, si la pollution industrielle a diminué ces dernières années à Strasbourg, elle reste très présente et sous-estimée, car la réglementation permet aux industries les plus polluantes (appelées installations classées) de bénéficier du régime de l’autosurveillance, autrement dit, les industries les plus polluantes s’autocontrôlent et déclarent elles-mêmes leurs émissions de polluants. Ce « passe-droit » accordé aux industriels ne permet donc pas de connaître avec certitude leurs émissions réelles. En effet, les agences agrées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) telles qu’ATMO Grand-Est, n’ont pas le droit de mesurer autour des sites industriels et ne peuvent se baser que sur les informations fournies par les exploitants eux-mêmes. Ce régime de l’autosurveillance est dénoncé une nouvelle fois dans le récent rapport de la Cour des comptes qui enfonce encore le clou et dénonce également de nombreux procédés – tels que le fonctionnement en « mode dégradé » – qui permet aux industriels de ne pas déclarer ni mesurer leurs émissions dans certaines conditions – tels que l’arrêt et le redémarrage ou lors de dysfonctionnement-, générant ainsi une pollution qui n’est pas du tout prise en compte.

Certes, ces industries sont contrôlées notamment par la préfecture, mais les contrôles sont rares, et difficiles à mettre en place, obligeant les services de contrôle à prévenir les industriels en avance de la survenue d’un contrôle. L’insuffisance de contrôle des industries est également soulignée dans le rapport de la Cour des comptes, qui demande d’accentuer les contrôles et de renforcer le montant des sanctions.

Une grande partie des polluants émis notamment par le secteur industriel n’est pas mesurée dans l’air ambiant à Strasbourg

Autre problème majeur : dans l’air ambiant, la réglementation n’impose le suivi que de quelques polluants comme les particules fines, mais une grande partie des émissions industrielles n’est pas du tout mesurée ni suivie. Pour preuve, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) alertait en 2016 sur la dangerosité de nombreux polluants qui ne sont toujours pas mesurés dans l’air ambiant. Parmi ces polluants toxiques non réglementés, plusieurs dizaines sont susceptibles d’être présents dans l’air strasbourgeois en raison du type d’industries en présence, citons par exemple un composé organique volatil – le Butadiène – cancérogène avéré, et le sulfure d’hydrogène. Après les alertes de l’ANSES, c’est au tour de la Cour des comptes d’appeler à suivre et à mesurer les nombreux polluants toxiques non réglementés émis par le secteur industriel et de citer en exemple le bassin de Lacq en Nouvelle-Aquitaine, où depuis 2019 un arrêté préfectoral permet le suivi des polluants industriels non réglementés tels que de nombreux composés organiques volatils.

Or à Strasbourg, le seul composé organique volatil suivi dans l’air est le Benzène, mais qui n’est mesuré qu’une semaine par mois. Tout ce qui nous est pour l’instant proposé est la mise en place de « Nez » et d’ « applications en ligne » pour signaler les odeurs industrielles, mais cela est insuffisant et insignifiant, car ce qui importe le plus est de caractériser et mesurer ces « odeurs » industrielles qui dans de nombreux cas sont liées à des composés organiques volatils toxiques cancérogènes, comme le rappelle la Cour des comptes pour qui « ces odeurs correspondent souvent à des composés organiques volatils cancérigènes et des gaz toxiques tels que l’acide sulfurique présents dans les rejets atmosphériques et non appréhendés par les industriels ».

En 2015 plus de 120 médecins strasbourgeois signaient une tribune demandant aux élus de prendre des mesures fortes contre la pollution de l’air : la limitation des véhicules polluants au sein d’une ZFE étendue à toute l’Eurométropole répond en partie à cette demande, par exemple que le contrôle des poids lourds avenue du Rhin, mais nous demandons à Madame la Préfète du Bas-Rhin et à l’Eurométropole, que les moyens nécessaires soient mis en œuvre pour :

  • renforcer les contrôles des émissions industrielles
  • mettre en place de mesures des émissions industrielles par des organismes indépendants et que ces mesures soient publiques et consultables par tous
  • Mettre en place des capteurs dans les quartiers proches des zones industrielles, afin de permettre un suivi continu des concentrations dans l’air ambiant des polluants toxiques, incluant à la fois les polluants réglementés (particules fines, NO2, Benzène) mais surtout les polluants toxiques non réglementés au premier rang desquels figurent de nombreux composés organiques volatils cancérigènes ou des gaz toxiques tels que le Butadiène ou le sulfure d’hydrogène. Ce suivi des polluants pourrait être effectué par des organismes de contrôle indépendants.

 


Collectif StrasbourgRespire
Alsace Nature
Association des résidents rue du Tivoli et environ
Amicale des Habitants de l’Elsau
Association des habitants du quartier gare
Association Col’schick
Association des Habitants Bourse – Austerlitz – Krutenau
Association de Défense des Intérêts de la Robertsau (ADIR)
Association Zona-Ceinture verte de Strasbourg
Association des Résidents et Amis de Neudorf (ARAN)
Association Ecoquartier Danube Energies Nouvelles Strasbourg (EDEN)
Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV Sud)
Réseau Environnement Santé
Association Santé Environnement France (ASEF)

Municipales : Le tabou du risque industriel

La brutalité de la Covid-19 a effacé de nos mémoires tout ce qui ne lui est pas directement relié, les politiques nationaux et strasbourgeois l’ont bien compris et en jouent. Pourtant il n’y a pas si longtemps a eu lieu un accident industriel dramatique, celui de Lubrizol à Rouen, accident pour lequel les enquêtes parlementaire et sénatoriale ont révélé de criants manquements dans la surveillance des installations classées.

Ces installations industrielles à haut risque dont certaines sont classées Seveso du nom de la catastrophe italienne survenue en 1976, sont nombreuses à Strasbourg par exemple au port du Rhin ou au port au pétrole de la Robertsau.

Les strasbourgeois adorent fouler les herbes de la forêt de la Robertsau, et tous, lorsque nous nous y promenons, nous choisissons de ne plus regarder les signalisations à l’entrée de ces forêts, qui nous rappellent que si la sirène retentit il faut fuir loin et de toute urgence. Avec 8 sites Seveso dont 7 à seuils hauts (c’est à dire à haut risque), Strasbourg est cerné par ces usines qui, en plus du risque d’accident, contribuent à polluer l’air et les nappes phréatiques, comme en témoignent les nombreuses fuites d’hydrocarbures régulièrement dénoncées par les habitants de la Robertsau pour ne citer qu’eux.

Ces dernières années et derniers mois plusieurs incendies heureusement rapidement maîtrisés ont eu lieu dans des installations classées du port du Rhin et nous ne sommes pas passés loin d’un Lubrizol strasbourgeois.

Des contrôles de plus en plus rares

Grand absent des débats sur les municipales, le risque industriel à Strasbourg devrait pourtant être au premier plan tant les alertes à Strasbourg ou ailleurs en France se sont multipliées et que parallèlement les contrôles se font de plus en plus rares. En effet, outre le risque d’accident, ces installations classées bénéficient de nombreuses dérogations tels que le régime de l’autosurveillance, régime qui autorise les gros pollueurs à déclarer eux-mêmes leurs émissions… Et si les contrôles préfectoraux ont le mérite d’exister, ils se font rares, au mieux une fois tous les 5 ans et ils ont baissé de 36% en 10 ans.

En tant qu’experts, notre collectif Air-Santé-Climat (dont Strasbourg Respire fait partie) avait alerté dans une tribune au Monde – ainsi que lors de notre audition par l’enquête parlementaire – sur les dangereuses dérives des installations classées.

Le chantage à l’emploi

Ce laxisme des autorités de surveillance risque de s’accentuer après la période de l’après Covid comme c’est déjà le cas en Suisse où sous prétexte de relancer l’économie les entreprises polluantes ont déjà obtenu des dérogations et le droit à polluer plus.

Récemment, le rapport sénatorial sur l’accident de Lubrizol parle même « d’indulgence des pouvoirs publics vis-à-vis des industries et de manque cruel de culture du risque industriel en France. »

Ne rêvons pas, à Strasbourg, le risque d’un tel accident existe et il est loin d’être négligeable.

Strasbourg ne sera une capitale européenne du XXIe siècle que lorsqu’elle ne sera plus une ville à haut risque industriel, il y a donc urgence à planifier une stratégie de sortie pour ces industries à risques. La plupart des candidats aux municipales maintiendront Strasbourg dans l’ère industrielle en agitant le chantage à l’emploi, mais posons-nous cette question : qu’est-ce qui fait l’attractivité d’une ville ? Qui parmi nous irait demain habiter à Rouen ?

Dr Thomas Bourdrel
au nom du Collectif Strasbourg Respire et Air-Santé-Climat


Paru dans Rue89strasbourg le 23 juin 2020

Mise au point sur la relation virus & particules

A partir du moment où l’on considère:

Nous maintenons qu’il est donc probable qu’une pollution aux particules fines – quelle que soit son origine (combustion, épandages etc..) – peut jouer un rôle sur la propagation virale.

Gabriel Synnaeve : https://www.flickr.com/photos/34097434@N04

Reste l’interrogation de la viabilité du virus à l’air libre et de la quantité de virus (charge virale) nécessaire pour être infecté, néanmoins compte tenu également du fait que la pollution aux particules fines majore le risque d’infections en rendant notre organisme davantage vulnérable à celles-ci, nous en appelons une nouvelle fois au principe de précaution et demandons que toute forme de pollution soit limitée, et, conformément aux recommandations de l’académie de médecine et aux dernières études parues dans Nature (3), nous insistons sur l’importance du port du masque pour tous.

  1. https://www.mdpi.com/1660-4601/16/6/941/htm
  2. sciencemag.org/news/2020/04/you-may-be-able-spread-coronavirus-just-breathing-new-report-finds
  3. nature.com/articles/d41586-020-00502-w

Épandage agricoles et propagation des virus

La pollution de l’air, en plus de fragiliser notre système immunitaire et de nous rendre plus sensibles aux infections notamment virale, permet également une meilleure diffusion et donc une meilleure transmission des agents pathogènes tels que le coronavirus. Cela est connu depuis longtemps pour le SARS(1) et les virus de la bronchiolite mais a également été récemment démontré pour le coronavirus en Italie avec davantage de transmission et de propagation du virus en fonction des taux de particules fines.
 
Les particules fines servent donc de vecteurs, de transporteurs au virus qui se déplace d’autant plus facilement lorsque l’air est chargé de particules fines. Fort heureusement les mesures de confinement font coup double à la fois en limitant le risque de transmission entre les individus mais également en diminuant la pollution notamment aux particules fines du trafic routier et les effets sanitaires associés. Néanmoins, comme on le voit actuellement à Paris, le printemps est la période  d’épandage agricole, grand pourvoyeur de particules fines. En effet, lors des épandages, le gaz ammoniac (NH3) va, en passant dans l’atmosphère, réagir avec les oxyde d’azote (NOx) pour former des particules de nitrate d’ammonium et de sulfate d’ammonium.
 
Tous les ans, à la même période, les épandages agricoles sont responsables de pics de pollution printaniers durant les mois de mars à mai. Ces particules printanières sont, de par leur composition, moins toxiques que des particules de combustion issues par exemple du trafic routier néanmoins elles vont également servir de vecteur de transmission au virus.
 
Ces particules peuvent voyager sur plusieurs kilomètres et donc transporter également le virus sur de longues distances!
 
Nous appelons donc les préfets à prendre des mesures urgentes visant à limiter drastiquement – les émissions liées aux épandages agricoles (restriction, technique d’enfouissement de l’engrais) afin de tout mettre en œuvre pour limiter la propagation du virus.
 

 
Professeur Isabella Annesi-Maesano, Directrice de recherche INSERM  / Directrice d’équipe labellisée INSERM et Sorbonne Université EPAR ; 
Docteur Mallory Guyon, Collectif Environnement Santé 74 ;
Docteur Thomas Bourdrel, Collectif Strasbourg Respire ; 
Docteur Gilles Dixsaut, Fondation du souffle contre les maladies respiratoires ; 
Docteur Pierre Souvet, Association Santé Environnement France (ASEF) ;
Docteur Jean-Baptiste Renard, Directeur de recherche LPC2E-CNRS ; 
Guillaume Muller, association Val-de-Marne en Transition