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Diesel : des millions de particules dans le corps d’enfants strasbourgeois

Une étude, menée pour la première fois en France, démontre la présence massive de nanoparticules toxiques chez une vingtaine d’enfants à Strasbourg. Plus d’1 million de particules ultrafines par millilitre d’urine, issues de la pollution principalement diesel, ont été retrouvées.

Les nanoparticules (ou particules ultrafines), sont les plus dangereuses pour la santé, augmentant considérablement le risque de cancer et de maladies cardiovasculaires (principalement le risque d’accident vasculaire cérébral et d’infarctus) mais aussi franchissant le placenta avec des répercussions sur le fœtus. Les nanoparticules dosées dans cette étude sont des particules carbonées qui proviennent en ville majoritairement du parc diesel et qui ont été dosées dans les urines grâce à la mesure d’un de leurs composants: le “black carbon”.

Si ces nanoparticules sont encore peu mesurées dans l’air ambiant, la nouvelle étude conduite par l’équipe du professeur Tim Nawrot dresse un constat édifiant du niveau de pollution liée aux nanoparticules à Strasbourg et révèle surtout un lien significatif entre le taux de particules dans les urines et la distance d’habitation de l’enfant par rapport à un axe routier. Les taux mesurés dans les urines d’enfants strasbourgeois sont superposables à ceux retrouvés sur de précédentes études dans les urines d’enfants résidents à Anvers (Belgique)[1].

Photo by Alex Presa on Unsplash

Ces millions de particules retrouvées dans les urines d’enfants résidant dans différents quartiers de Strasbourg, sont des particules de combustion (diesel, bois, charbon..) qui sont composées de carbone pur (black carbone) au centre de la particule et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques et de métaux à la surface de la particule. Ces particules carbonées sont les plus toxiques de par leur composition, et de par leur taille (particules ultrafines – nanoparticules – de moins de 0,1 µm) qui leur permet de franchir la barrière pulmonaire et d’atteindre tous les organes. Dans les métropoles françaises, la source principale de ce type de particules est le parc diesel – l’essence n’émettant pas ou très peu de black carbone -, ainsi que le chauffage au bois l’hiver et les industries de type incinération et papeterie par exemple.

A noter que des taux encore bien plus importants ont été retrouvés dans les villes les plus polluées de Pologne en raison notamment des centrales à charbon mais, au-delà des taux de particules retrouvées, cette étude souligne surtout l’importante inégalité d’exposition des enfants avec des taux significativement plus élevés pour les enfants qui résident à proximité d’un axe routier à Strasbourg. En effet, les taux de particules mesurés sont directement proportionnels à la distance de l’habitation par rapport à un gros axe routier.

Enfin, rappelons qu’il n’existe pas d’effet de seuil concernant l’effet des particules fines sur la santé, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de niveau en dessous duquel il n’y a pas d’effet, ainsi, une exposition – même à de faibles quantités de particules – sur plusieurs années aura un impact considérable sur la santé.

Nous appelons donc les pouvoirs publics à intensifier les mesures de lutte contre la pollution de l’air en :

-mettant en place des zones à faibles émissions excluant les véhicules diesel

– réduisant les émissions du chauffage collectif ou individuel au bois

– renforçant le contrôle et les sanctions sur les émissions industrielles comme l’ont rappelé plusieurs associations et médecins lors d’une récente tribune[2].

 Rappelons enfin que la pollution de l’air est responsable de plus de 15% des décès liés au COVID-19. Dans le contexte sanitaire actuel, la lutte contre la pollution de l’air est urgente et ne peut être encore retardée.


 

Une enquête du collectif Strasbourg Respire, menée par le professeur Tim Nawrot, a quantifié les nanoparticules – dangereuses pour la santé – dans les urines d’une vingtaine d’enfants strasbourgeois. La proximité avec des axes routiers augmente donc leur présence dans l’organisme !

Débat organisé par le Club de la Presse Strasbourg Europe

 

 


Pollution industrielle de l’air à Strasbourg

En raison de son climat et sa géographie, Strasbourg figure parmi les villes les plus polluées de France, et, comme dans 10 autres villes françaises, la qualité de l’air n’y est pas conforme aux normes européennes. L’Union européenne a condamné la France et lui a imposé de prendre des mesures parmi lesquelles la mise en place de zone à faibles émissions (ZFE) visant à limiter la circulation des véhicules polluants. Cette mesure difficile est indispensable, et devra s’accompagner d’aides au cas par cas, mais nous demandons que, dans le même temps, un effort soit demandé aux autres pollueurs en commençant par le secteur industriel.

Opacité sur les émissions réelles en « sortie de cheminée » des industries

En effet, si la pollution industrielle a diminué ces dernières années à Strasbourg, elle reste très présente et sous-estimée, car la réglementation permet aux industries les plus polluantes (appelées installations classées) de bénéficier du régime de l’autosurveillance, autrement dit, les industries les plus polluantes s’autocontrôlent et déclarent elles-mêmes leurs émissions de polluants. Ce « passe-droit » accordé aux industriels ne permet donc pas de connaître avec certitude leurs émissions réelles. En effet, les agences agrées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) telles qu’ATMO Grand-Est, n’ont pas le droit de mesurer autour des sites industriels et ne peuvent se baser que sur les informations fournies par les exploitants eux-mêmes. Ce régime de l’autosurveillance est dénoncé une nouvelle fois dans le récent rapport de la Cour des comptes qui enfonce encore le clou et dénonce également de nombreux procédés – tels que le fonctionnement en « mode dégradé » – qui permet aux industriels de ne pas déclarer ni mesurer leurs émissions dans certaines conditions – tels que l’arrêt et le redémarrage ou lors de dysfonctionnement-, générant ainsi une pollution qui n’est pas du tout prise en compte.

Certes, ces industries sont contrôlées notamment par la préfecture, mais les contrôles sont rares, et difficiles à mettre en place, obligeant les services de contrôle à prévenir les industriels en avance de la survenue d’un contrôle. L’insuffisance de contrôle des industries est également soulignée dans le rapport de la Cour des comptes, qui demande d’accentuer les contrôles et de renforcer le montant des sanctions.

Une grande partie des polluants émis notamment par le secteur industriel n’est pas mesurée dans l’air ambiant à Strasbourg

Autre problème majeur : dans l’air ambiant, la réglementation n’impose le suivi que de quelques polluants comme les particules fines, mais une grande partie des émissions industrielles n’est pas du tout mesurée ni suivie. Pour preuve, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) alertait en 2016 sur la dangerosité de nombreux polluants qui ne sont toujours pas mesurés dans l’air ambiant. Parmi ces polluants toxiques non réglementés, plusieurs dizaines sont susceptibles d’être présents dans l’air strasbourgeois en raison du type d’industries en présence, citons par exemple un composé organique volatil – le Butadiène – cancérogène avéré, et le sulfure d’hydrogène. Après les alertes de l’ANSES, c’est au tour de la Cour des comptes d’appeler à suivre et à mesurer les nombreux polluants toxiques non réglementés émis par le secteur industriel et de citer en exemple le bassin de Lacq en Nouvelle-Aquitaine, où depuis 2019 un arrêté préfectoral permet le suivi des polluants industriels non réglementés tels que de nombreux composés organiques volatils.

Or à Strasbourg, le seul composé organique volatil suivi dans l’air est le Benzène, mais qui n’est mesuré qu’une semaine par mois. Tout ce qui nous est pour l’instant proposé est la mise en place de « Nez » et d’ « applications en ligne » pour signaler les odeurs industrielles, mais cela est insuffisant et insignifiant, car ce qui importe le plus est de caractériser et mesurer ces « odeurs » industrielles qui dans de nombreux cas sont liées à des composés organiques volatils toxiques cancérogènes, comme le rappelle la Cour des comptes pour qui « ces odeurs correspondent souvent à des composés organiques volatils cancérigènes et des gaz toxiques tels que l’acide sulfurique présents dans les rejets atmosphériques et non appréhendés par les industriels ».

En 2015 plus de 120 médecins strasbourgeois signaient une tribune demandant aux élus de prendre des mesures fortes contre la pollution de l’air : la limitation des véhicules polluants au sein d’une ZFE étendue à toute l’Eurométropole répond en partie à cette demande, par exemple que le contrôle des poids lourds avenue du Rhin, mais nous demandons à Madame la Préfète du Bas-Rhin et à l’Eurométropole, que les moyens nécessaires soient mis en œuvre pour :

  • renforcer les contrôles des émissions industrielles
  • mettre en place de mesures des émissions industrielles par des organismes indépendants et que ces mesures soient publiques et consultables par tous
  • Mettre en place des capteurs dans les quartiers proches des zones industrielles, afin de permettre un suivi continu des concentrations dans l’air ambiant des polluants toxiques, incluant à la fois les polluants réglementés (particules fines, NO2, Benzène) mais surtout les polluants toxiques non réglementés au premier rang desquels figurent de nombreux composés organiques volatils cancérigènes ou des gaz toxiques tels que le Butadiène ou le sulfure d’hydrogène. Ce suivi des polluants pourrait être effectué par des organismes de contrôle indépendants.

 


Collectif StrasbourgRespire
Alsace Nature
Association des résidents rue du Tivoli et environ
Amicale des Habitants de l’Elsau
Association des habitants du quartier gare
Association Col’schick
Association des Habitants Bourse – Austerlitz – Krutenau
Association de Défense des Intérêts de la Robertsau (ADIR)
Association Zona-Ceinture verte de Strasbourg
Association des Résidents et Amis de Neudorf (ARAN)
Association Ecoquartier Danube Energies Nouvelles Strasbourg (EDEN)
Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV Sud)
Réseau Environnement Santé
Association Santé Environnement France (ASEF)

Municipales : Le tabou du risque industriel

La brutalité de la Covid-19 a effacé de nos mémoires tout ce qui ne lui est pas directement relié, les politiques nationaux et strasbourgeois l’ont bien compris et en jouent. Pourtant il n’y a pas si longtemps a eu lieu un accident industriel dramatique, celui de Lubrizol à Rouen, accident pour lequel les enquêtes parlementaire et sénatoriale ont révélé de criants manquements dans la surveillance des installations classées.

Ces installations industrielles à haut risque dont certaines sont classées Seveso du nom de la catastrophe italienne survenue en 1976, sont nombreuses à Strasbourg par exemple au port du Rhin ou au port au pétrole de la Robertsau.

Les strasbourgeois adorent fouler les herbes de la forêt de la Robertsau, et tous, lorsque nous nous y promenons, nous choisissons de ne plus regarder les signalisations à l’entrée de ces forêts, qui nous rappellent que si la sirène retentit il faut fuir loin et de toute urgence. Avec 8 sites Seveso dont 7 à seuils hauts (c’est à dire à haut risque), Strasbourg est cerné par ces usines qui, en plus du risque d’accident, contribuent à polluer l’air et les nappes phréatiques, comme en témoignent les nombreuses fuites d’hydrocarbures régulièrement dénoncées par les habitants de la Robertsau pour ne citer qu’eux.

Ces dernières années et derniers mois plusieurs incendies heureusement rapidement maîtrisés ont eu lieu dans des installations classées du port du Rhin et nous ne sommes pas passés loin d’un Lubrizol strasbourgeois.

Des contrôles de plus en plus rares

Grand absent des débats sur les municipales, le risque industriel à Strasbourg devrait pourtant être au premier plan tant les alertes à Strasbourg ou ailleurs en France se sont multipliées et que parallèlement les contrôles se font de plus en plus rares. En effet, outre le risque d’accident, ces installations classées bénéficient de nombreuses dérogations tels que le régime de l’autosurveillance, régime qui autorise les gros pollueurs à déclarer eux-mêmes leurs émissions… Et si les contrôles préfectoraux ont le mérite d’exister, ils se font rares, au mieux une fois tous les 5 ans et ils ont baissé de 36% en 10 ans.

En tant qu’experts, notre collectif Air-Santé-Climat (dont Strasbourg Respire fait partie) avait alerté dans une tribune au Monde – ainsi que lors de notre audition par l’enquête parlementaire – sur les dangereuses dérives des installations classées.

Le chantage à l’emploi

Ce laxisme des autorités de surveillance risque de s’accentuer après la période de l’après Covid comme c’est déjà le cas en Suisse où sous prétexte de relancer l’économie les entreprises polluantes ont déjà obtenu des dérogations et le droit à polluer plus.

Récemment, le rapport sénatorial sur l’accident de Lubrizol parle même « d’indulgence des pouvoirs publics vis-à-vis des industries et de manque cruel de culture du risque industriel en France. »

Ne rêvons pas, à Strasbourg, le risque d’un tel accident existe et il est loin d’être négligeable.

Strasbourg ne sera une capitale européenne du XXIe siècle que lorsqu’elle ne sera plus une ville à haut risque industriel, il y a donc urgence à planifier une stratégie de sortie pour ces industries à risques. La plupart des candidats aux municipales maintiendront Strasbourg dans l’ère industrielle en agitant le chantage à l’emploi, mais posons-nous cette question : qu’est-ce qui fait l’attractivité d’une ville ? Qui parmi nous irait demain habiter à Rouen ?

Dr Thomas Bourdrel
au nom du Collectif Strasbourg Respire et Air-Santé-Climat


Paru dans Rue89strasbourg le 23 juin 2020

Mise au point sur la relation virus & particules

A partir du moment où l’on considère:

Nous maintenons qu’il est donc probable qu’une pollution aux particules fines – quelle que soit son origine (combustion, épandages etc..) – peut jouer un rôle sur la propagation virale.

Gabriel Synnaeve : https://www.flickr.com/photos/34097434@N04

Reste l’interrogation de la viabilité du virus à l’air libre et de la quantité de virus (charge virale) nécessaire pour être infecté, néanmoins compte tenu également du fait que la pollution aux particules fines majore le risque d’infections en rendant notre organisme davantage vulnérable à celles-ci, nous en appelons une nouvelle fois au principe de précaution et demandons que toute forme de pollution soit limitée, et, conformément aux recommandations de l’académie de médecine et aux dernières études parues dans Nature (3), nous insistons sur l’importance du port du masque pour tous.

  1. https://www.mdpi.com/1660-4601/16/6/941/htm
  2. sciencemag.org/news/2020/04/you-may-be-able-spread-coronavirus-just-breathing-new-report-finds
  3. nature.com/articles/d41586-020-00502-w

Épandage agricoles et propagation des virus

La pollution de l’air, en plus de fragiliser notre système immunitaire et de nous rendre plus sensibles aux infections notamment virale, permet également une meilleure diffusion et donc une meilleure transmission des agents pathogènes tels que le coronavirus. Cela est connu depuis longtemps pour le SARS(1) et les virus de la bronchiolite mais a également été récemment démontré pour le coronavirus en Italie avec davantage de transmission et de propagation du virus en fonction des taux de particules fines.
 
Les particules fines servent donc de vecteurs, de transporteurs au virus qui se déplace d’autant plus facilement lorsque l’air est chargé de particules fines. Fort heureusement les mesures de confinement font coup double à la fois en limitant le risque de transmission entre les individus mais également en diminuant la pollution notamment aux particules fines du trafic routier et les effets sanitaires associés. Néanmoins, comme on le voit actuellement à Paris, le printemps est la période  d’épandage agricole, grand pourvoyeur de particules fines. En effet, lors des épandages, le gaz ammoniac (NH3) va, en passant dans l’atmosphère, réagir avec les oxyde d’azote (NOx) pour former des particules de nitrate d’ammonium et de sulfate d’ammonium.
 
Tous les ans, à la même période, les épandages agricoles sont responsables de pics de pollution printaniers durant les mois de mars à mai. Ces particules printanières sont, de par leur composition, moins toxiques que des particules de combustion issues par exemple du trafic routier néanmoins elles vont également servir de vecteur de transmission au virus.
 
Ces particules peuvent voyager sur plusieurs kilomètres et donc transporter également le virus sur de longues distances!
 
Nous appelons donc les préfets à prendre des mesures urgentes visant à limiter drastiquement – les émissions liées aux épandages agricoles (restriction, technique d’enfouissement de l’engrais) afin de tout mettre en œuvre pour limiter la propagation du virus.
 

 
Professeur Isabella Annesi-Maesano, Directrice de recherche INSERM  / Directrice d’équipe labellisée INSERM et Sorbonne Université EPAR ; 
Docteur Mallory Guyon, Collectif Environnement Santé 74 ;
Docteur Thomas Bourdrel, Collectif Strasbourg Respire ; 
Docteur Gilles Dixsaut, Fondation du souffle contre les maladies respiratoires ; 
Docteur Pierre Souvet, Association Santé Environnement France (ASEF) ;
Docteur Jean-Baptiste Renard, Directeur de recherche LPC2E-CNRS ; 
Guillaume Muller, association Val-de-Marne en Transition
 

Pollution de l’hiver

Ce qu’il y a de plus dangereux pour la santé dans la pollution de l’air, ce sont les particules fines », assure le radiologue strasbourgeois Thomas Bourdrel, fondateur du collectif Strasbourg Respire il y a six ans. Celles qu’on appelle les PM pour particulate matter tuent 48 000 personnes par an en France, devant le dioxyde d’azote et l’ozone.


En plus d’avoir des conséquences sur le système respiratoire, les particules provoquent des cancers, des infarctus, des AVC, perturbent la grossesse. « On a vu des associations avec les troubles autistiques, les maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson ou la sclérose en plaques. »

« On nous dit que la pollution recule, mais on n’a pas le bon thermomètre, dénonce le médecin. Parce que c’est uniquement sur la base des PM10 qu’on déclenche des pics de pollution. » Ces particules fines (moins de 10 μm de diamètre, six fois plus petites qu’un cheveu) restent dans les voies aériennes supérieures. Mais les PM2,5, plus petites et plus dangereuses, atteignent les alvéoles pulmonaires.

Quant aux PM1 et PM0,1, les ultrafines ou nanoparticules, ce sont les pires puisqu’elles migrent vers le sang, les organes et le cerveau. Et elles ne sont pas dosées officiellement. «Actuellement, il est très probable que [celles-ci] aient fortement augmenté, notamment avec l’utilisation des filtres à particules sur les moteurs. On a créé un nouveau type de pollution qu’on ne suit pas ! » La nocivité des PM dépend non seulement de leur taille mais aussi de leur composition.

« L’hiver, 80 % sont issues de la combustion : ce sont les plus toxiques. Elles sortent d’un moteur, d’un chauffage au bois ou d’un incinérateur.» Dans leur noyau, on trouve du carbone pur — c’est ce noir sur la neige ou sur les façades. Il a un impact sur le réchauffement climatique, mais pas sur la santé. En revanche, ces particules portent sur leur surface des métaux lourds et des HAP, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, cancérogènes. C’est ce qui les rend beaucoup plus délétères que d’autres familles de particules, comme le sable du Sahara, les embruns marins ou les pollens.


Paru dans les DNA du 21 janvier 2020

Voir aussi le quizz des DNA sur la pollution de l’air

Oui, la pollution de l’air et le diesel sont cancérigènes !

TRIBUNE. Le collectif Air-Santé-Climat dénonce les contre-vérités publiées à propos de la pollution de l’air et du diesel, dangereux pour la santé.

(Article également publié dans LePoint du 02 décembre 2019)

Dans une chronique publiée par Le Point du 12 novembre intitulée « Contre le diesel, un acharnement infondé », Jean de Kervasdoué affirme que la pollution de l’air et le diesel ne sont cancérigènes qu’à forte dose et que chez les fumeurs. Michel Aubier déclarait déjà cela dans l’émission Allô docteurs en mars 2016. Or c’est faux et c’est même l’inverse : un fumeur a déjà un risque de cancer du poumon tellement augmenté par la cigarette que la pollution de l’air – notamment diesel – ne modifie pas significativement ce risque. À l’inverse, chez les non-fumeurs, l’exposition à la pollution de l’air, notamment au diesel, majore fortement le risque de cancer du poumon.

Lire aussi Jean de Kervasdoué – Contre le diesel, un acharnement infondé

Des études initiales chez les mineurs exposés au diesel, que cite allègrement Kervasdoué, il ressort que chez les mineurs les plus fortement exposés au diesel pendant plus de quinze ans, le risque de cancer du poumon est multiplié par 7 chez les non-fumeurs (1). L’inverse donc de ce qu’il déclare. Depuis, de nombreuses autres études ont confirmé cela, y compris dans la population générale, et ont bien démontré que même à faible concentration, l’exposition sur le long terme à la pollution de l’air majore le risque de cancer du poumon et que ce sont les non-fumeurs et les anciens fumeurs qui voient leur risque de cancer du poumon le plus augmenté par la pollution de l’air, notamment diesel (2).

Ce n’est pas la dose qui fait le poison et même une faible exposition augmente le risque de cancer

Mais au-delà de l’épidémiologie, revenons à la toxicologie : qu’est-ce qui est cancérigène dans la pollution de l’air ? Prenons les principaux éléments : les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), tel que le benzo(a)pyrène, tellement cancérigène que sa manipulation est désormais interdite en laboratoire, cancérigène pour de très nombreux organes, notamment pour le poumon. C’est en grande partie sur base de la présence de benzo(a)pyrène que la cigarette a été classée cancérigène certain en 1996. En ville, le diesel représente une des principales sources d’émission de ce benzo(a)pyrène (3). En termes de substances cancérigènes, ce n’est pas la dose qui fait le poison et même une faible exposition augmente le risque de cancer. L’exposition à la pollution de l’air et au diesel est donc cancérigène chez les gens professionnellement exposés (garagistes, chauffeurs de bus et de poids-lourds), mais également dans la population générale (4) .

Lire aussi Moins il y a de pollution, moins nos enfants souffrent d’asthme

Rappelons que c’est sur la base de ces HAP et des métaux lourds présents à la surface des particules émises par le diesel (mais aussi par la combustion du charbon, du bois et les usines de type incinérateurs) que l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a classé le diesel puis la pollution de l’air comme cancérigènes certains, respectivement en 2012 et 2013.

Parmi tous les nombreux polluants de l’air, les substances cancérigènes sont toujours les mêmes : HAP, métaux lourds, formaldéhyde et butadiène. Tous proviennent majoritairement en ville du trafic routier et notamment du diesel. Dans l’air intérieur, ces mêmes substances proviennent majoritairement du tabac. Diesel et tabac ont donc de nombreux composés toxiques en commun, il est donc logique de retrouver des effets similaires sur la santé (cancer, maladies cardiovasculaires et respiratoires).

Les filtres à particules sont loin d’avoir réglé la toxicité du diesel

Certes, les pots catalytiques avec filtre à particules ont permis de diminuer certaines émissions toxiques des véhicules diesel, néanmoins les HAP cancérigènes tels le benzo(a)pyrène sont présents à la surface des particules ultrafines – qui ne sont que peu arrêtées par les filtres – et sont émis également sous forme de gaz pour lesquels les filtres à particules et catalyses sont peu efficaces, notamment en ville.

Les diesel, y compris récents, restent en ville la source principale de NO2, gaz toxique.

D’autre part, Jean de Kervasdoué omet de parler des autres émissions du diesel, en effet, le diesel est la principale source de NO2 (dioxyde d’azote), autre gaz extrêmement toxique pour le poumon et le système cardiovasculaire et qui, en ville, provient à 60 % du parc routier. Un diesel récent émet six fois plus de NO2 qu’un véhicule essence (5).

Une étude récente de l’American Journal of Critical Care and Respiratory Medecine démontre que pour les asthmatiques, les diesels récents avec filtre à particule sont potentiellement plus dangereux que les diesels anciens avec davantage d’effets toxiques sur l’hyperréactivité bronchique allergique lorsque les patients sont exposés à du diesel filtré. Les auteurs de cette étude expliquent cet effet toxique par le NO2, qui est émis en plus grande quantité sur les diesels modernes équipés de filtres à particules (6)

 

Les médecins et scientifiques du collectif Air-Santé-Climat :

Dr Thomas Bourdrel, Collectif Strasbourg Respire 

Dr Pierre Souvet, Association santé environnement France (ASEF

Dr Florence Trebuchon

Dr Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche CNRS 

Dr Mallory Andriantavy-Guyon, collectif Environnement Santé 74 

Dr Gilles Dixsaut, Fondation du souffle 

Guillaume Muller, association Val-de-Marne en Transition 

Pr Isabella Annesi-Maesano, directeur de Recherche Inserm, responsable équipe EPAR, IPLESP, Inserm et Sorbonne Université, Paris

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[1] J Natl Cancer Inst. 2012 Jun 6;104(11):855-68. doi: 10.1093/jnci/djs034. Epub 2012 Mar 5 : The Diesel Exhaust in Miners study: a nested case-control study of lung cancer and diesel exhaust.

[2] Olsson et al. Am J Respir Crit Care Med. 2011 Apr 1; 183(7)Turner et al. Am J Respir Crit Care Med. 2011 Dec 15; 184(12) — G.Chen et al. Thoracic Cancer 6(2015) 307-318Beelen et al. Epidemiology. 2008; 19: 702–10

[3]https://www.airparif.asso.fr/_pdf/publications/bilan-hap-130702.pdf

Particules ultrafines et HAP, la pollution cachée des véhicules diesel : Article sur lemonde.fr et article entier sur notre site

[4] Raaschou-Nielsen et al., Lancet Oncol. 2013 Aug;14(9):813-22

[5]http://www.asef-asso.fr/actualite/le-collectif-air-sante-climat-reagit-aux-annonces-mensongeres-sur-le-diesel/

[6]https://www.atsjournals.org/doi/abs/10.1164/rccm.201809-1657OC

La lutte pour le climat ne doit pas être menée au détriment de la santé !

Article publié sur Alternatives Economiques.

Focalisé sur la réduction des émissions de CO2, la lutte contre la pollution conduit à une augmentation des autres polluants dans l’air. Un collectif de médecins, chercheurs et associations appelle à mettre fin à cette grave contradiction.

Jeudi 24 octobre, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a condamné la France pour avoir « dépassé de manière systématique et persistante la valeur limite annuelle pour le dioxyde d’azote depuis le 1er janvier 2010 ». Cette sanction met à nouveau en lumière les contradictions de l’Etat et l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) qui, dans leur légitime volonté de diminuer les émissions de gaz à effet de serre (en particulier de CO2), continuent malheureusement de prendre des mesures conduisant à une augmentation des polluants dans l’air. Parmi eux, le dioxyde d’azote (NO2), mais aussi les particules fines, ultrafines, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ainsi que les perturbateurs endocriniens. Une politique cohérente de lutte contre les émissions doit pourtant être présente sur les deux fronts : diminution du CO2 ET de tous ces polluants toxiques. Rappelons que la pollution atmosphérique, qui en Europe tue autant que le tabac, est responsable de 68 000 décès par an en France.

Or, la focalisation sur les seules émissions de CO2 a conduit les gouvernements successifs et l’Ademe à dégrader la qualité de l’air. La promotion des véhicules diesel pendant plus de 20 ans, via un système de bonus-malus, est en particulier une ineptie sanitaire. Ces véhicules sont en effet à l’origine d’importantes émissions des gaz toxiques (NO2, hydrocarbures aromatiques polycycliques) et de particules ultra-fines, aux effets délétères sur les systèmes respiratoires, cardio-vasculaires, neurologiques, ainsi que sur les fœtus.

L’hérésie du chauffage au bois

Mais on trouve bien d’autres aberrations. Par exemple, le ministère de la Transition écologique et l’Ademe (organisme sous contrôle du ministère de la Transition écologique et celui de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation) encouragent financièrement le chauffage au bois individuel. Ils incitent également les collectivités à installer des chaufferies collectives au bois, qui ne sont que d’énormes cheminées fortement émettrices de particules ultrafines, de NO2 et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) cancérigènes. Le chauffage au bois émet 35 fois plus de HAP cancérigènes que le fioul domestique, quand les chauffages au gaz et à l’électricité n’en émettent pas du tout.

Ces HAP cancérigènes tels que le Benzo(a)pyrène sont tellement dangereux pour la santé que leur manipulation est désormais interdite en laboratoire ! Et pourtant, les principaux émetteurs de ces molécules tueuses sont le chauffage au bois, le diesel et l’incinération des déchets, tous les trois favorisés par nos gouvernements au détriment de la santé publique !

En effet, l’Ademe apporte également son soutien aux productions de chaleur par incinération, alors même qu’il s’agit d’une activité extrêmement polluante, génératrice de nombreuses molécules toxiques (HAP, dioxines bromées) majorant le risque de cancers et de troubles de la reproduction chez les riverains. Chose incroyable, on lit même dans un rapport de l’Ademe que l’exposition aux fumées d’incinérateur ne comporte pas de dangers pour les riverains ! Cela est totalement faux, et va à l’encontre de nombreuses études et des recommandations de l’OMS et l’Unesco qui, depuis plus de dix ans, préconisent de ne plus construire d’incinérateurs en zone urbaine. Rappelons, en outre, que la France bénéficie déjà du plus important parc d’incinérateurs par habitant en Europe et du deuxième au monde !

Nous souhaiterions donc à l’avenir que toutes les décisions destinées à diminuer les émissions de CO2 soient préalablement évaluées sous l’angle sanitaire, afin d’éviter des décisions qui menacent la santé et la vie de nos concitoyens. Il est urgent que le plan Climat devienne un plan Air-Santé-Climat pour que l’argument sanitaire soit pris en compte dans chaque décision. Pour cela, nous exigeons une implication du ministère de la Santé, qui devrait avoir la co-gestion des problèmes environnementaux afin qu’action sanitaire et action environnementale soient enfin mises en cohérence.


Dr Thomas Bourdrel, Collectif Strasbourg respire, Collectif Air-Santé-Climat

Dr Pierre Souvet, Association Santé Environnement France (ASEF), Collectif Air-Santé-Climat

Dr Florence Trebuchon, Collectif Air-Santé-Climat

Pr Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche CNRS, Collectif Air-Santé-Climat

Dr Mallory Andriantavy-Guyon, Collectif Environnement Santé 74, Collectif Air-Santé-Climat

Dr Gilles Dixsaut, Collectif Air-Santé-Climat

Guillaume Muller, Association Val-de-Marne en transition, Collectif Air-Santé-Climat

Antoine Martin, Association pour le respect du site du Mont-Blanc (ARSMB)

Professeur Isabella Annesi-Maesano, Directeur de Recherche INSERM, Collectif Air Santé Climat