Pollution de l’air, impact sanitaire, ZFE : après les paroles, des actes !

– Si vous êtes médecin, et que vous souhaitez signer cet appel, écrivez-nous à
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Les semaines dernières, Strasbourg et l’Alsace, une fois de plus, malgré le soleil tant attendu, ont dépassé pendant plusieurs jours les seuils d’alerte de pollution aux particules fines. Ces pics de pollution sont responsables de décompensations de maladies chroniques : plus de crise d’asthme, plus de risque d’infarctus, plus d’accidents vasculaires cérébraux. Notons qu’une partie des particules fines en cause dans ces récents pics de pollution sont des poussières de sable désertique qui ne sont pas les plus dangereuses, en effet, toutes les particules ne se valent pas en termes de toxicité. Les particules de combustion issues du trafic routier, chauffage au bois, incinération, sont de loin les plus dangereuses pour la santé humaine.

Nous, médecins sur le terrain, particulièrement mobilisés dans le cadre de la pandémie Covid-19, en contact quotidiennement avec nos patients, rappelons que la pollution quotidienne, pollution dite de fond, à savoir l’air que nous respirons tous les jours est bien plus délétère au long terme que les pics de pollution, aggravant les maladies cardio-vasculaires, maladies respiratoires, maladies neurodégénératives, cancers… Nous savons de longue date que les enfants également sont touchés dès leur plus jeune âge, y compris in-utero, avec des répercussions sur le poids de naissance ainsi que sur la prématurité.

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Nous tirons la sonnette d’alarme depuis plus de 20 ans. Certains d’entre nous étaient déjà à l’origine, dès les années 1990 … de la première étude française sur le rapport entre pollution de l’air et morbi-mortalité induite. Par la suite de nombreux travaux scientifiques et publications ont confirmé le lien santé-pollution de l’air. En  2015, plus d’une centaine d’entre nous avions signé une pétition  (du Collectif Strasbourg Respire) demandant à nos élus de  prendre le problème de la pollution à bras le corps et de passer à l’action[1]. Certains d’entre nous consacrent depuis plusieurs années une part de leur énergie à améliorer les connaissances et sont devenus des experts nationaux reconnus[2]. Les arguments d’aujourd’hui sont adossés aux données actualisées et validées de la science.

Avons-nous été entendus ? Nous voulons aujourd’hui insister plus particulièrement sur le trafic routier qui joue un rôle important dans cette pollution urbaine : plus de 60% des émissions de NO2 et près d’un tiers des particules fines, avec la problématique prioritaire du diesel : un diesel récent émet 6 fois plus de NO2 qu’un véhicule essence, et des particules de composition plus toxique. Pourtant, aujourd’hui, en 2021, à Strasbourg et à l’Eurométropole, existe encore un débat, sur la date de mise en œuvre d’une zone à faible émission (ZFE) qui doit permettre autant que possible, de diminuer le trafic et d’avoir des véhicules moins polluants. Rappelons – d’une part – que la mise en place de ces ZFE est désormais obligatoire pour les villes ne respectant pas les seuils de particules fines et de NO2, et rappelons surtout que l’impact sanitaire de la pollution de l’air ne cesse d’être revu à la hausse et impose des mesures urgentes et prioritaires[3]. Il est – dans ce contexte- difficile d’entendre certain(e)s élu(e)s demander un report ou un nouveau délai dans la mise en place d’une ZFE à Strasbourg. La situation sanitaire liée à la Covid, ne doit pas être une excuse, au contraire même puisque nous avons des solutions concrètes et efficaces pour diminuer l’impact sanitaire de la pollution, qui de plus, constitue un facteur aggravant de la pandémie Covd-19[4].

La mise en route de la ZFE devra s’accompagner d’aides financières au cas par cas, du développement de transports en commun, des pistes cyclables de bonne qualité, et de tous les moyens possibles pour que tous les habitant de l’agglomération, même les plus éloignés du centre de Strasbourg puissent se déplacer sans avoir besoin impérativement d’une voiture. La ZFE ne saurait être qu’une incitation au changement de véhicules. Il est important que des aides soient proposées pour d’autres modes de transports non polluants ainsi que pour le « retrofit » – à savoir la transformation d’un véhicule diesel ou essence en moteur électrique ou au gaz sans avoir à changer de véhicules.

Enfin, ce serait dommageable de penser que la seule mise en place d’une ZFE réglera d’un coup de baguette magique les problèmes de pollution à Strasbourg, d’autres secteurs doivent également être prioritaires tels que le secteur industriel dont la pollution reste sous-estimée et peu contrôlée[5]. Enfin, il faut cesser d’encourager le développement du chauffage au bois, individuel ou collectif, en ville, et freiner également l’incinération, au risque d’annuler tous les bénéfices attendus de la mise en place d’une ZFE.

Nous sommes également attentifs aux récents travaux rendus de la Convention Citoyenne pour le Climat, tout comme aux avis du Haut Conseil pour le Climat, en particulier concernant l’impact des gaz à effets de serre. Nous, médecins et citoyens, en appelons à la responsabilité et au courage de nos élus et demandons la mise en application rapide, prioritaire, des mesures nécessaires à la réduction de la pollution de l’air à Strasbourg, pour la santé publique et la santé de toutes et tous.


Dr Christian Michel, médecin généraliste
Dr Thomas Bourdrel, médecin radiologue
Dr Thierry Reeb médecin cardiologue
Dr Sophie Boivin, endocrinologue
Dr Anny Zorn
Dr Yves Duverneix
Dr Sauer Frédérique, cardiologue
Dr Foesser fabien, médecin généraliste
Dr Guillaume Kuntz
Dr Pascal Lecomte chirurgien hospitalier
Dr Farid Bousseksou, médecin généraliste
Dr Alexandre Butscher
Dr Lucile Ratheau médecin endocrinologue
Dr Barth Georges médecin généraliste
Dr Armelle Schuller pneumologue
Dr Myrian Ernst, médecin géneraliste
Dr Yannick SCHMITT, médecin géneraliste
Dr Denis Matter, médecin radiologue
Dr Jean Lionel Bagot, médecin géneraliste
Dr Sophie Rabourdin, médecin géneraliste
Dr Juliette Chambe, médecin generaliste
Dr Emmanuel Colléaux, médecin généraliste et de médecine préventive
Dr Gaspard Prévot, médecin géneraliste
Dr Karine Schutz Anheim, pneumologue
Dr Georges yoram federmann, Psychiatre
Dr Thibault Caspar, cardiologue

 

[1] www.lemonde.fr/pollution/article/2015/04/15/les-medecins-strasbourgeois-alertent-sur-les-effets-de-la-pollution-de-l-air_4616538_1652666.html

[2] Bourdrel T., Réalités Cardiologiques – n° 358_Décembre 2020 – Cahier 1

[3] Une étude inédite parue mardi 9 février dans la revue scientifique Environmental Research. Des chercheurs en santé environnementale de l’université Harvard (Etats-Unis), en collaboration avec leurs collègues britanniques des universités de Birmingham, Leicester et Londres, ont cherché à mesurer la mortalité due aux particules fines (PM2,5, de diamètre inférieur à 2,5 micromètres) issues de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole et diesel principalement). Leurs résultats sont alarmants

[4] err.ersjournals.com/content/30/159/200242

[5] www.francebleu.fr/infos/environnement/pollution-de-l-air-une-tribune-pour-reclamer-plus-de-controles-des-emissions-industrielles-a-1603204892