Le diesel, un moteur à détruire la santé

L’émission des gaz NOx, en particulier, a des effets directs sur le coeur et le système respiratoire.

Quand on parle du diesel, il est beaucoup question des particules fines et peu des NOx.
Pourtant, ces gaz, qui regroupent le monoxy de d’azote (NO) et le dioxyde d’azote (NO2) et sont surtout émis par le trafic routier, sont eux aussi ultranocifs pour la santé. D’abord parce qu’ils sont une source majeure de particules fines «secondaires» (non émises
directement mais résultant de la conversion de certains gaz).Les particules fines (dites PM2,5, c’est-à-dire au diamètre inférieur à 2,5 μm) sont classées cancérigènes certains pour le cancer du poumon par l’Organisation mondiale de la santé et sont responsables de pathologies cardiovasculaires (infarctus, accidents vasculaires cérébraux). «Or les particules secondaires se forment après la sortie du pot d’échappement, et “échappent”
donc aux filtres à particules et tests de mesures, souligne Thomas Bourdrel, radiologue et membre de “Strasbourg respire”. En outre, les NOx sont des précurseurs de l’ozone,qui est aussi un gaz toxique pour l’appareil respiratoire.»

«Sous-estimé». Selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), les particules fines ont provoqué en 2012 la mort prématurée de 403 000 personnes en Europe, dont 43 400 en France –chiffre revu à la hausse en 2016, à 48 000 morts par an. L’ozone avait, lui, causé 16 000 décès prématurés en Europe en 2012 selon l’AEE, dont 1500 en France.

Quant aux NOx, leurs effets sur la santé sont loin d’être uniquement indirects. Ainsi,d’après l’AEE, le NO2 a provoqué en2012 la mort prématurée de 72 000 personnes en Europe, dont 7 700 en France. Pour Thomas Bourdrel, ces chiffres sont «sous-estimés, car ils ne prennent pas en compte les dernières études sur les effets directs du NO2 sur le coeur, qui s’ajoutent à ce que l’on savait déjà de ses effets directs sur le système respiratoire, où il est
notamment responsable d’exacerbations de l’asthme et de bronchites chroniques». Et de citer une étude italo-suisse compilant 23 articles scientifiques publiés de 2004 à 2013. Selon celle-ci, les effets d’une exposition à long terme auNO2 (sur plusieurs années) sur la mortalité globale sont comparables à ceux des particules fines, la mortalité cardiovasculaire étant la plus impactée. Le NO2 a aussi un effet toxique direct à court terme, c’est-à-dire en cas de pic de pollution. Une étude dirigée par le cardiologue belge Jean-François Argacha fait même état d’une augmentation du risque d’infarctus plus élevé pour le NO2 que pour les particules fines.

Micro-aperçu. Ceux qui souffrent le plus du diesel sont les enfants et les personnes âgées. «NOx et particules fines altèrent notamment le développement de la capacité pulmonaire des jeunes enfants, explique le Dr Bourdrel. Mais tout le monde est concerné : nombre d’études démontrent des effets cardiovasculaires chez des sujets jeunes et en bonne santé, même à des niveaux de pollution inférieurs aux normes européennes.» Dans une étude publiée le 3mars, des chercheurs du MIT estiment à 1200 les décès prématurés en Europe liés aux émissions de NOx supplémentaires émises par les seuls véhicules Volkswagen truqués vendus en Allemagne de 2008 à 2015. Un micro-aperçu du scandale sanitaire du dieselgate…

Article parue dans Libération du 15 Mars 2017